🩹 Article L 912 1 Du Code De L Éducation

sociaux dans le respect des dispositions de l'article L. 912-1 du code de la sĂ©curitĂ© sociale, dans un dĂ©lai maximum de 5 ans Ă  compter de la date d'effet du prĂ©sent accord. À cette fin, les parties signataires se rĂ©uniront au plus tard 6 mois avant l'Ă©chĂ©ance du dĂ©lai de 5 ans Ă  compter de la date d'effet du prĂ©sent accord. LaFrance compte 1567 cas confirmĂ©s de variole du singe, selon le dernier bilan de SantĂ© publique France, Ă©tabli jeudi, contre 912 une semaine auparavant. L'Inter-LGBT « s'insurge » lundi 25 BaumannAvocats Droit informatique. La loi n°2002-305 du 4 mars 2002 a remaniĂ© l'article 371-1 du Code civil en disposant que "L'autoritĂ© parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalitĂ© l'intĂ©rĂȘt de l'enfant". Elle appartient au pĂšre et Ă  la mĂšre jusqu'Ă  la majoritĂ© ou l' Ă©mancipation de l'enfant pour le p Lapublication de ce guide, aprĂšs celui destinĂ© aux chefs d’établisssements du moyen et du secondaire, rĂ©pond Ă  la prĂ©occupation du MinistĂšre de l’éducation d’asseoir la formation continuĂ©e de ses agents. En s’intĂ©ressant Ă  la carriĂšre de l’enseignant, ce guide pratique met aussi l’accent sur les problĂšmes liĂ©s aux Encas de changement d’organisme assureur, conformĂ©ment Ă  l'article L. 912-3 du code de la SĂ©curitĂ© sociale, les rentes en cours de service Ă  la date de changement d'organisme assureur (y compris les prestations dĂ©cĂšs prenant la forme de rente), continueront Ă  ĂȘtre revalorisĂ©es. ArticleL. 912-1-1 : La libertĂ© pĂ©dagogique de l’enseignant s’exerce dans le cadre des programmes et des instructions du ministre de l’éducation nationale avec l’aide du directeur d’école ou du chef d’établissement, avec le conseil et Flaubert La 1 re Éducation sentimentale, 1845, p. 208. b) Ă  sens passif: 6. Et ces mots mĂȘmes que j'emploie, il me semble qu'en voulant dĂ©crire ce qui ne peut se dĂ©crire, ne font pas autre chose que brouiller mes souvenirs. Mais non, pourtant. Green, Journal, 1941, p. 102. − Emploi abs. Je dĂ©crirai, je ferai des choses vues et puis des couplets de musique (BarrĂšs, Cahiers,t. Deplus, un dĂ©cret plus rĂ©cent, le DĂ©cret exĂ©cutif no 274 du 31 aoĂ»t 2007, a permis de crĂ©er au ministĂšre de l'Éducation la Direction nationale de l'Ă©ducation interculturelle bilingue, laquelle est responsable de la planification, de la programmation et de la coordination de toutes les activitĂ©s reliĂ©es Ă  la mise en Ɠuvre de l'Ă©ducation interculturelle bilingue. Selon l'article 2 RĂ©unionsavec les parents : Article L111-4 du code de l'Ă©ducation et Circulaire 2006-137 - BO N°31 du 30 aoĂ»t 2006. Extrait de la circulaire : "Le conseil des maĂźtres prĂ©sidĂ© par le directeur d’école dans le premier degrĂ©, le chef d’établissement dans le second degrĂ© sont Ă©galement dĂ©sormais tenus d’organiser au moins deux fois par an et par classe une rencontre Ilstravaillent au sein d'Ă©quipes pĂ©dagogiques ; celles-ci sont constituĂ©es des enseignants ayant en charge les mĂȘmes classes ou groupes d'Ă©lĂšves ou exerçant dans le mĂȘme champ disciplinaire et des personnels spĂ©cialisĂ©s, notamment les psychologues scolaires dans les Ă©coles. Les personnels d'Ă©ducation y sont associĂ©s. Dansun premier temps, nous vous conseillons de lancer l'Invite de commandes en mode administrateur en effectuant un clic-droit sur le menu DĂ©marrer, puis d'entrer les commandes suivantes en appuyant sur EntrĂ©e entre chacune d'elles (chacune d'elle lance un processus qui peut prendre un peu de temps, laissez-les se finir) : Nous attendons CODELATIN CIC / 1983. CODE ORIENTAL CCEO / 1990. CODE ABROGÉ CIC / 1917. Code de Droit Canonique Codex Iuris Canonicis. TĂ©lĂ©charger le droit canonique dans son intĂ©gralitĂ© (en PDF) × Close Export PDF. Texte en : Français et Latin Français Latin TĂ©lĂ©charger le pdf. Recherche un numĂ©ro de canon. Livre I : Normes gĂ©nĂ©rales (1-203) Liber I : De normis Uneaventure dans 10 pays sur 10 droits des enfants ! Ces 10 documentaires compilĂ©s en 1 coffret DVD, sont accompagnĂ©s d'un dossier pĂ©dagogique tĂ©lĂ©chargeable. DVD 1 : AmĂ©rique du Sud et Asie. - PĂ©rou (exploitation) - HaĂŻti (vie et dĂ©veloppement) - Equateur (vie en famille) - Laos (protection) DVD 2 : Afrique. Livre9 : De la formation professionnelle continue dans le cadre de l'Ă©ducation permanente Mise Ă  jour au 31 dĂ©cembre 2006 . Titre PrĂ©liminaire Article R. 900-1 du Code du travail (DĂ©cret n° 92-1075 du 2 octobre 1992, article 1er) Un bilan de compĂ©tences, au sens de l'article L. 900-2 doit comprendre, sous la conduite du prestataire, les trois phases suivantes : a) Une phase Dansle cadre gĂ©nĂ©ral dĂ©fini par l’article L. 912-1 du code de l’éducation, le dĂ©cret reconnaĂźt l’ensemble des missions liĂ©es au service d’enseignement dont elles sont le prolongement. RelĂšvent ainsi pleinement du service des personnels enseignants rĂ©gis par ces dispositions, sans faire l’objet d’une rĂ©munĂ©ration spĂ©cifique supplĂ©mentaire autre que l’indemnitĂ© de fnpgYUt. PubliĂ© le 25/07/2022 Ă  1230, Mis Ă  jour le 25/07/2022 Ă  1600 L'Union europĂ©enne a approuvĂ© l'utilisation du vaccin danois Bavarian Nordic contre la variole du singe. EDUARDO MUNOZ / REUTERS La France compte 1567 cas confirmĂ©s de variole du singe, selon le dernier bilan de SantĂ© publique France, Ă©tabli jeudi, contre 912 une semaine auparavant. L'Inter-LGBT s'insurge» lundi 25 juillet face Ă  l'inaction, le manque de prĂ©paration et de transparence du gouvernement» concernant l'Ă©pidĂ©mie de variole du singe, Ă©voquant des difficultĂ©s Ă  prendre rendez-vous» pour une vaccination et des livraisons de doses insuffisantes».À VOIR AUSSI - Variole du singe l'OMS dĂ©clenche son plus haut niveau d'alerteCette Ă©pidĂ©mie touche trĂšs majoritairement plus de 9 cas sur 10 des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes HSH. Pour certaines d'entre nous, la nouvelle a fait ressurgir le traumatisme des annĂ©es sida», a observĂ© Inter-LGBT dans un communiquĂ©. L'Interassociative lesbienne, gay, bi et trans, qui fĂ©dĂšre une soixantaine d'associations, souhaite donc une prĂ©vention accrue, factuelle et non jugeante, auprĂšs des personnes exposĂ©es, alors que trop de retard a Ă©tĂ© pris par frilositĂ©, laissant l'Ă©pidĂ©mie courir». Elle rappelle le droit Ă  chacune de vivre sa sexualitĂ© pleinement avec le nombre de partenaires qu'ils ou elles souhaitent, tout en prenant en compte la rĂ©alitĂ© de l'Ă©pidĂ©mie».À lire aussiMonkeypox pourquoi compte-t-on les cas de variole du singe comme on le faisait pour les cas de Covid-19 ?L'Inter-LGBT rĂ©clame la levĂ©e du secret-dĂ©fense sur les vaccins de 3Ăšme gĂ©nĂ©ration de la variole et le volume des commandes et mises Ă  disposition dans les centres de vaccination Ă  l'Ă©chelle nationale». L'Inter-LGBT constate par de nombreuses remontĂ©es les difficultĂ©s Ă  prendre rendez-vous» pour une vaccination, relevant notamment des livraisons de doses de vaccin insuffisantes, circuits d'approvisionnement dĂ©sorganisĂ©s, lieux de vaccination insuffisants, crĂ©neaux indisponibles sur Doctolib».À VOIR AUSSI - Les pires douleurs de ma vie» un New-Yorkais raconte son expĂ©rience de la variole du singeLa France compte 1567 cas confirmĂ©s, selon le dernier bilan de SantĂ© publique France, Ă©tabli jeudi, contre 912 une semaine auparavant. Le gouvernement a annoncĂ© le 8 juillet l'Ă©largissement de la vaccination aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les personnes trans rapportant des partenaires sexuels multiples», aux personnes en situation de prostitution» et aux professionnels des lieux de consommation sexuelle». L'association AIDES de lutte contre le VIH avait rĂ©clamĂ© jeudi dernier le dĂ©ploiement par l'État d'une campagne de vaccination ''coup de poing'', s'appuyant sur les professionnels-les de santĂ© libĂ©raux volontaires» en particulier implantĂ©s sur les lieux de villĂ©giature».À VOIR AUSSI - Variole du singe va-t-on tous devoir se faire vacciner ? En droit français, vous ne pouvez pas dĂ©shĂ©riter votre enfant au sens strict du terme car il est protĂ©gĂ© par le mĂ©canisme de la rĂ©serve hĂ©rĂ©ditaire. Il est en revanche possible d’amĂ©nager la part qui lui sera dĂ©volue dans certaines limites. Qu’est-ce que la rĂ©serve hĂ©rĂ©ditaire ?C'est une part de vos biens et de vos droits successoraux dont la loi garantit la transmission Ă  votre enfant. Cette part reprĂ©sente 1/2 des biens et des droits successoraux en prĂ©sence d’un seul enfant, 2/3 en prĂ©sence de 2 enfants,3/4 en prĂ©sence de 3 enfants ou plus,Au delĂ  de 3 enfants, ils se partageront entre eux les 3/4 du patrimoine du vous ne pouvez pas disposer de la rĂ©serve, vous pouvez par contre disposer de la quotitĂ© disponible comme vous l’ que la quotitĂ© disponible ?C’est la part qui n’est pas rĂ©servĂ©e par la loi. Vous pouvez en disposer comme vous l’entendez par le biais de libĂ©ralitĂ©s donations ou par le biais d’un testament legs. Si vous n’avez qu’un seul enfant, celui-ci recevra donc au minimum la moitiĂ© des vos biens et de vos droits. Si vous avez deux enfants et que vous souhaitez en avantager un, vous pouvez disposer d’1/3 de votre patrimoine et le lui transmettre. Il recevra ainsi 2/3 de votre patrimoine tandis que l’autre enfant n’en recevra plus qu’1/3. Un enfant peut-il perdre sa qualitĂ© d’hĂ©ritier ?Oui, un enfant peut perdre sa qualitĂ© d’hĂ©ritier et donc ĂȘtre exclu de la succession de maniĂšre automatique s'il est dĂ©clarĂ© indigne, c’est-Ă -dire si il est condamnĂ© Ă  une peine criminelle pour avoir donnĂ© ou tentĂ© de donner la mort au dĂ©funt il a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  une peine criminelle pour avoir volontairement portĂ© des coups ou commis des violences ou voies de fait ayant entraĂźnĂ© la mort du dĂ©funt sans intention de la plus, il peut ĂȘtre exclu de la succession par une demande prononcĂ©e devant le tribunal judiciaire par un autre hĂ©ritier ou par le ministĂšre public s’il est condamnĂ© pour les mĂȘmes faits que prĂ©cĂ©demment Ă  une peine correctionnelle cette foiss’il a Ă©tĂ© condamnĂ© pour un tĂ©moignage mensonger portĂ© contre le dĂ©funt dans un procĂšs criminel s’il s'est abstenu d’empĂȘcher soit un crime ou un dĂ©lit contre l’intĂ©gritĂ© corporelle du dĂ©funt d’oĂč il est rĂ©sultĂ© la mort alors qu’il pouvait le faire sans risque s’il est condamnĂ© pour une dĂ©nonciation calomnieuse contre le dĂ©funt oĂč une peine criminelle Ă©tait en alors en jeu. Quand demander cette dĂ©claration d'indignitĂ© ?dans les six mois du dĂ©cĂšs, si la dĂ©cision de condamnation ou de dĂ©claration de culpabilitĂ© est antĂ©rieure au dĂ©cĂšs, dans les six mois de la dĂ©cision de condamnation, si elle est postĂ©rieure au hĂ©ritier dĂ©clarĂ© indigne peut-il ĂȘtre rĂ©intĂ©grĂ© dans la succession ?Oui. A la suite de ce genre de faits, le dĂ©funt peut, en connaissance de cause, avoir prĂ©cisĂ© de son vivant par une dĂ©claration expresse de forme testamentaire qu'il entendait maintenir l'hĂ©ritier dĂ©clarĂ© indigne dans ses droits hĂ©rĂ©ditaires. Est-il possible de sortir certains biens de l'actif successoral ?Oui. Vous avez la possibilitĂ© de dĂ©signer un tiers bĂ©nĂ©ficiaire d’une assurance-vie afin d’exclure les sommes correspondant aux primes de l’actif successoral l’assurance-vie ne rentre pas dans l’actif successoral dĂšs lors que le montant de la prime versĂ©e n’est pas exagĂ©rĂ©. Le vente d’un bien immobilier par le biais d’une vente en viager permet aussi de faire sortir un bien de l’actif le choix du rĂ©gime de la communautĂ© universelle peut permettre de dĂ©savantager au moins temporairement ses enfants en prĂ©voyant par exemple une clause d’attribution intĂ©grale au conjoint juridiquesArticles 726 et suivants du Code civil. Article 727-1 du Code civil. Article 728 du Code Civil. Articles 912 et suivants du Code civil. Article L132-13 du Code des civ., 2e, 6 octobre 2011, n° du pourvoi par Allianz PJ le 10/02/2017 - DerniĂšre modification le 29/07/2022 1. Introduction 1L’étude empirique que nous prĂ©sentons ici s’inscrit en marge d’un programme de recherche-action que nous conduisons depuis 2019 dans le cadre d’un appel Ă  projet de la Fondation Internationale de recherche AppliquĂ©e sur le handicap FIRAH, associĂ©e au Groupe Agrica, Ă  Laser Emploi et Ă  Solidel sur la thĂ©matique gĂ©nĂ©rale Handicap et milieu rural ». IntitulĂ©e Outiller les acteurs des territoires pour vivre, travailler et choisir d’évoluer avec un handicap en milieu rural », et conduite en partenariat avec plusieurs Établissements et Services d’Aide par le Travail ESAT de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes accueillant des travailleurs ayant obtenu la Reconnaissance de la qualitĂ© de travailleur handicapé RQTH, cette recherche-action a pour objet d’interroger le rĂŽle de l’ancrage territorial de ces Ă©tablissements et des innovations locales mises en oeuvre pour favoriser le libre choix d’une activitĂ© professionnelle pour les personnes concernĂ©es rĂ©sidant en milieu rural. L’objectif de ces structures mĂ©dico-sociales est en effet, dans le respect des droits et du projet de vie de la personne, de permettre Ă  ces travailleurs d’exercer une activitĂ© professionnelle en milieu dit protĂ©gĂ© » tout en leur proposant un accompagnement mĂ©dico-social individualisĂ© et adaptĂ© Paul, 2002 ; Fourdrignier, 2012. 2La crise sanitaire mondiale engendrĂ©e par la pandĂ©mie liĂ©e Ă  la Covid-19, qui a impliquĂ© dans de nombreux pays une pĂ©riode d’interdiction de dĂ©placement, communĂ©ment appelĂ©e confinement », a naturellement mis notre recherche-action Ă  l’arrĂȘt pour plusieurs mois. En France, la pĂ©riode de restriction de la libertĂ© de circuler, qui s’est Ă©tendue du 17 mars 2020 au 11 mai 2020, a eu pour objectif d’empĂȘcher la propagation du virus au mĂȘme titre que l’application des gestes barriĂšres » port du masque, distanciation physique. Seuls les dĂ©placements relevant du strict nĂ©cessaire Ă©taient autorisĂ©s durant ce confinement courses alimentaires, soins, travail si le tĂ©lĂ©travail Ă©tait impossible, sortie Ă  proximitĂ© du domicile activitĂ© sportive individuelle. 3Dans l’objectif de maintenir le lien avec nos partenaires et de documenter la situation exceptionnelle Ă  laquelle ils devaient faire face, nous avons rĂ©alisĂ© entre juin et juillet 2020 des entretiens Ă  distance tĂ©lĂ©phoniques ou en visioconfĂ©rence avec les responsables de plusieurs Ă©tablissements de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes. En agissant aussi bien sur la logique sociale que commerciale, le confinement avait affectĂ© doublement les ESAT et les personnes qui y sont accompagnĂ©es. Aussi souhaitions-nous connaĂźtre d’une part, comment les ESAT avaient pu s’organiser pour assurer a minima leur mission de soutien mĂ©dico-social Ă  destination de leurs travailleurs et, d’autre part, sous l’angle Ă©conomique, comment ils avaient gĂ©rĂ© l’arrĂȘt ou la rĂ©duction de leurs activitĂ©s de production, arrĂȘt qui pouvait mettre en pĂ©ril leur Ă©quilibre budgĂ©taire malgrĂ© les soutiens financiers de l’État. Concernant la dimension Ă©conomique de la question, ces circonstances exceptionnelles nous donnaient aussi l’occasion d’observer l’adaptation des ESAT Ă  la crise au prisme du rĂŽle du territoire et de la proximitĂ©. 4Depuis le tournant Ă©pistĂ©mologique des annĂ©es 1970, les gĂ©ographes dissocient l’espace du territoire, frĂ©quemment dĂ©fini comme un espace appropriĂ© », avec la conscience de son appropriation Brunet et ThĂ©ry, 2001 ; LĂ©vy et Lussault, 2003. Ainsi le territoire serait Ă  l’espace ce que la conscience de classe est Ă  la classe » Ă©noncent Roger Brunet et HervĂ© ThĂ©ry 2001, p. 480. Le territoire n’est donc pas un espace neutre. C’est un espace socialisĂ©, dĂ©fini par Bernard Debarbieux comme un agencement de ressources matĂ©rielles et symboliques capable de structurer les conditions pratiques de l’existence d’un individu ou d’un collectif social et d’informer en retour cet individu et ce collectif sur sa propre identitĂ© » Debarbieux, 2003, p. 910. Le territoire est un espace de proximitĂ© au sein duquel s’expriment les solidaritĂ©s locales. DĂ©couvrant en effet que pourtant ça marche ! » Torre et al, 1992, le concept de proximitĂ©, associĂ© Ă  la rĂ©flexion sur les districts industriels milieux innovateurs, systĂšmes productifs localisĂ©s, selon les terminologies s’est dĂ©veloppĂ© Ă  partir des annĂ©es 1990 parmi les chercheurs s’intĂ©ressant Ă  la gĂ©ographie Ă©conomique et Ă  l’économie territoriale Sierra, 1997 ; Gilly et Torre, 2000 ; Torre et Rallet, 2005 ; Carluer, 2006 ; Colletis et Pecqueur, 2018 ; etc.. Certes, la proximitĂ© ne se rĂ©duit pas Ă  une dimension spatiale d’autres formes de proximitĂ© peuvent ĂȘtre prises en compte telles que, par exemple, la proximitĂ© institutionnelle Gilly et Pecqueur, 2000 ou la proximitĂ© organisationnelle selon des logiques de similitudes ou d’appartenances » Gilly et Torre, 2000 12, sachant que ces divers types de proximitĂ© peuvent s’articuler Ă  l’échelle du territoire Ă  la construction duquel ils participent Mendez et Mercier, 2005. Par ailleurs, mĂȘme si le rĂŽle de la proximitĂ© gĂ©ographique dans l’apparition et le dĂ©veloppement de l’innovation a pu ĂȘtre, au fil des Ă©tudes de cas, critiquĂ© et nuancĂ© Boschma, 2005a et 2005b, il est en gĂ©nĂ©ral reconnu qu’elle facilite l’échange entre les acteurs Ă  l’échelle d’un espace restreint le territoire, gĂ©nĂ©rant des rĂ©seaux de solidaritĂ© locales, des relations de confiance et de rĂ©ciprocitĂ© Courlet,1989, ce que Maillat nommait le capital relationnel » Maillat, 1995, p. 222. 5L’objectif gĂ©nĂ©ral de la recherche-action prĂ©-citĂ©e visait Ă  mesurer si l’ancrage territorial des ESAT, le tissu de relations tissĂ© avec les autres acteurs du territoire habitants, Ă©lus, employeurs, clients, facilite l’insertion sociale et professionnelle des travailleurs en situation de handicap. Dans le cas prĂ©sent, nous nous demandons a contrario dans quelle mesure les relations de proximitĂ©, l’expression de la solidaritĂ© territoriale ont pu permettre aux ESAT de faire face aux difficultĂ©s Ă©conomiques gĂ©nĂ©rĂ©es par la rĂ©traction des activitĂ©s et si l’on observe des diffĂ©rences selon le type de territoires urbains et ruraux. 6AprĂšs avoir prĂ©sentĂ©, dans une premiĂšre partie, dans un objectif de contextualisation, la progressive mise en place du travail protĂ©gĂ© et des ESAT en France, ainsi que les enjeux de leur double mission, mĂ©dico-sociale et Ă©conomique, nous prĂ©senterons dans un deuxiĂšme temps la mĂ©thodologie et les caractĂ©ristiques des Ă©tablissements enquĂȘtĂ©s, avant d’exposer, dans une troisiĂšme partie, les rĂ©sultats de cette Ă©tude empirique. Ils concernent d’une part les consĂ©quences de la crise sanitaire sur le fonctionnement mĂ©dico-social de ces Ă©tablissements, d’autre part l’impact du confinement sur leurs activitĂ©s Ă©conomiques en interrogeant l’importance du facteur territorial et de la proximitĂ© dans leur adaptation au contexte exceptionnel auquel ils ont Ă©tĂ© confrontĂ©s. 2. Les Établissements et Services d’Aide par le Travail ESAT une logique mĂ©dico-sociale associĂ©e Ă  des enjeux Ă©conomiques La progressive mise en place du travail protĂ©gĂ© en France 1 Journal officiel de la RĂ©publique française. Lois et dĂ©crets, n° 0273 du 24/11/1957 7C’est Ă  la suite de la Seconde Guerre mondiale qu’ont Ă©tĂ© créés par le secteur associatif principalement des associations de parents, les ancĂȘtres » des actuels ESAT, les Centres d’Aide par le Travail CAT dans le but d’accueillir des travailleurs en situation de handicap. Ces Ă©tablissements se prĂ©sentent comme des entreprises humaines » oĂč les travailleurs exercent une activitĂ© correspondant Ă  leurs possibilitĂ©s professionnelles et produisent Ă  leur rythme, selon des rĂšgles diffĂ©rentes du monde ordinaire. Des institutions sociales les gĂšrent, le plus souvent des associations » Romien, 2005, p. 244. Si, dans un premier temps, ces initiatives n’ont pas Ă©tĂ© reconnues administrativement, les CAT acquiĂšrent un statut lĂ©gal par l’intermĂ©diaire du dĂ©cret n° 23-1186 du 29 novembre 1953, et surtout par la loi n° 57-1223 du 23 novembre 1957 sur le reclassement des travailleurs handicapĂ©s1 qui instaure la terminologie et le concept de travailleur handicapĂ© » et institue formellement le travail protĂ©gĂ©, dans le dispositif lĂ©gal ». Velche, 2011, p 232. Selon cette loi, est alors dĂ©signĂ©e comme travailleur handicapĂ© » toute personne dont les possibilitĂ©s d’acquĂ©rir ou de conserver un emploi sont effectivement rĂ©duites par suite d’une insuffisance ou d’une diminution de ses capacitĂ©s physiques ou mentales » article 1 tandis que le travail protégé concerne depuis lors, dans ce cadre gĂ©nĂ©ral, les personnes ayant moins d’un tiers de la capacité de travail d’un salarié ordinaire » Bocquet, 2015. 8MĂȘme si les CAT et le travail protĂ©gĂ© acquiĂšrent une reconnaissance au vu de la lĂ©gislation, aucun texte ne statue vĂ©ritablement sur les caractĂ©ristiques et les missions de ce type d’établissements. Le 18 dĂ©cembre 1964, une circulaire apporte quelques Ă©lĂ©ments de dĂ©finition qui restent toutefois assez imprĂ©cis ce type d’établissements aura de 35 Ă  50 salariĂ©s, accueillera tous types de handicaps, permettra aux personnes handicapĂ©es de travailler selon leurs capacitĂ©s de rendements, favorisera l’encadrement des ateliers par les plus habiles et les plus expĂ©rimentĂ©s, mais les accueillera sans limitation de durĂ©e Ă  moins qu’ils ne puissent atteindre un rythme et un rendement normaux grĂące auquel ils pourraient trouver un emploi extĂ©rieur » Velche, 2011, p 233. La loi de 1957 a Ă©galement fixĂ© les modalitĂ©s d’accueil des travailleurs en situation de handicap dans un autre type de structure, les Ateliers ProtĂ©gĂ©s AP qui proposaient moins d’actions de soutien relevant du domaine mĂ©dico-social, mais pouvaient reprĂ©senter une alternative de travail pour les personnes ne pouvant accĂ©der au marchĂ© ordinaire de l’emploi. 2 Journal officiel de la RĂ©publique française. Lois et dĂ©crets, n° 0151 du 01/07/1975 9À l’issue de la loi de 1957 et de la circulaire de 1964 se sont créées environ 6 000 places en CAT Baret, 2012 ; Velche, 2011. Cependant, les personnes concernĂ©es ne touchaient alors qu’un pĂ©cule en rĂ©tribution de leur activitĂ©, pĂ©cule qui ne leur permettait que de s’offrir quelques paquets de cigarette ou de bonbons. Certains parents de personnes sĂ©vĂšrement handicapĂ©es ont mĂȘme dĂ» payer les personnes encadrant les travailleurs handicapĂ©s dans les premiers CAT [
], car celles-ci n’étaient pas rĂ©munĂ©rĂ©es par l’État, mais par l’activitĂ© Ă©conomique, souvent insuffisante » Velche, 2011, p 234. Pour pallier ces limites, il a fallu attendre la loi n° 75-534 du 30 juin 1975 d’orientation en faveur des personnes handicapĂ©es »2 qui a accordĂ© au travail protĂ©gĂ© un rĂŽle officiel et prĂ©cis » Velche, 2011, p 235. 3 Journal officiel de la RĂ©publique française. Lois et dĂ©crets, du 3 janvier 2002, 10Face aux critiques rĂ©currentes qui continuaient Ă  ĂȘtre adressĂ©es au travail protĂ©gĂ©, comme le fait par exemple de nĂ©gliger un peu trop souvent le traitement individualisĂ© de l’adulte handicapĂ© au profit des exigences globales de productivitĂ© de la structure » Velche, 2011, p 265, la loi n° 2002-2 du 2 janvier 2002 rĂ©novant l’action sociale et mĂ©dico-sociale »3 institue enfin un vĂ©ritable droit de l’usager. Insistant sur le projet de vie de la personne, elle met ses choix personnels et professionnels au cƓur du parcours d’accompagnement en favorisant son autonomie et en stimulant son pouvoir d’action Callu, 2005 ; Chavaroche, 2014. Alors qu’auparavant le projet d’accompagnement de chaque personne Ă©tait dĂ©fini gĂ©nĂ©ralement par le personnel des Ă©tablissements, Ă  travers la notion de projet de vie, la loi de 2002 insiste sur la participation directe du travailleur en situation de handicap Ă  son projet d’accueil et d’accompagnement Boissel, 2006. Ainsi, en instituant un vĂ©ritable droit de l’usager, y compris celui d’accĂ©der au dossier le concernant, la loi mĂšne Ă  des pratiques qui s’apparentent Ă  ce que les auteurs anglo-saxons dĂ©signent sous le nom d empowerment » qui implique Ă  la fois la reconnaissance d’un droit de dĂ©cision autonome et la mise en Ɠuvre de mesures textes simplifiĂ©s, formation Ă  la prise de dĂ©cision, mises en place d’instances de participation, etc. rendant les personnes handicapĂ©es capables d’exercer ce droit de façon efficace et bĂ©nĂ©fique pour elles » Velche, 2011, p 265-266. CrĂ©ation des ESAT et organisation du travail protĂ©gĂ© depuis la loi de 2005 4 Loi n° 2005-102 du 11 fĂ©vrier 2005 pour l'Ă©galitĂ©Ì des droits et des chances, la participation et l ... 5 Code de l'action sociale et des familles, Journal Officiel de la République Française, n°36 du 12 ... 11La loi, majeure en France, du 11 fĂ©vrier 2005 pour l’égalitĂ© des droits et des chances, la participation et la citoyennetĂ© des personnes handicapĂ©es »4, matrice de tous les dispositifs actuellement en vigueur dans le domaine du handicap, va transformer les CAT en Établissements et services d’aide par le Travail ESAT, et rĂ©affirmer leur double mission d’accompagnement mĂ©dico-social et d’insertion professionnelle. Les ESAT ont dĂšs lors pour vocation d’une part, d’ offrir une insertion professionnelle et sociale adaptĂ©e au besoin des personnes handicapĂ©es adultes qui peuvent momentanĂ©ment ou durablement ni travailler dans les entreprises du milieu ordinaire, ni dans une entreprise adaptĂ©e » Code de l’action sociale et des familles, Article L344-25, d’autre part de leur assurer les soutiens nĂ©cessaires [
] pour acquĂ©rir la meilleure autonomie personnelle et sociale [
], les formations professionnelles, aides psychosociales, alphabĂ©tisation, ouverture Ă  l’environnement
 » Zribi et PoupĂ©e-Fontaine, 2015, p 143. La loi de 2005 a Ă©galement eu pour effet de transformer les Ateliers ProtĂ©gĂ©s, créés comme les CAT en 1957, en Entreprises AdaptĂ©es, faisant sortir de ce fait ces Ă©tablissements du secteur du travail protĂ©gĂ© », statut qu’ils partageaient auparavant avec les CAT devenus ESAT pour crĂ©er un vĂ©ritable secteur dĂ©diĂ© au travail adaptĂ© ». 6 Composition dĂ©finie au Code de l'action sociale et des familles, article R241-24 12La loi de 2005 a aussi conduit Ă  une rĂ©organisation complĂšte des dispositifs visant Ă  accompagner les personnes en situation de handicap depuis l’enfance jusqu’à l’ñge adulte Figure 1. Elle a ainsi permis la création du rĂ©seau des Maisons Départementales pour les Personnes Handicapées MDPH, prĂ©sentes sur tout le territoire, qui sont des groupements d’intérêt public, sous tutelle administrative et financière du conseil général » Leray, 2018 41, destinĂ©es Ă  informer, conseiller et orienter les personnes en situation de handicap et leurs familles. Elles hĂ©bergent notamment les Commissions des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées CDAPH6 qui ont entre autres pour mission d’accorder la reconnaissance de la qualitĂ© de travailleur handicapé RQTH et d’orienter les personnes vers le milieu de travail qui leur paraĂźt le plus adaptĂ© Ă  leur situation travail protĂ©gĂ© ESAT, travail adaptĂ© Entreprises Adaptées ou milieu ordinaire Leray, 2018 36. Il est Ă  noter d’une part qu’il s’agit bien d’orientations Ă  un moment donnĂ© et non d’assignations dĂ©finitives des passerelles sont toujours possibles entre ces divers milieux » selon l’évolution de la situation du travailleur, Ă©valuĂ©e par la CDAPH Figure 1, l’objectif recherchĂ© Ă©tant que le plus grand nombre de personnes puissent avoir accĂšs au milieu de travail ordinaire ; d’autre part que ces orientations concernent un type d’environnement de travail milieu protĂ©gĂ©, adaptĂ©, ordinaire et non un Ă©tablissement en particulier au vu de l’orientation proposĂ©e par la CDAPH, il revient aux personnes concernĂ©es et Ă  leurs familles, avec l’aide de travailleurs sociaux, de rechercher un Ă©tablissement d’accueil selon leurs choix de vie localisations, types de mĂ©tiers proposĂ©s et les places disponibles. 13Source auteurs 14Dans la continuitĂ© de la loi de 2002, le droit des travailleurs ayant la reconnaissance de la qualitĂ© de travailleur handicapé RQTH s’est donc trouvĂ© renforcĂ© par la loi de 2005. En instituant le Contrat de soutien d’aide par le travail » la loi insiste sur la vocation de soutien mĂ©dico-social des Ă©tablissements en rendant obligatoires l’organisation de formations professionnelles, des actions Ă©ducatives, d’autonomie, d’implication dans la vie sociale ou encore l’ouverture de l’accĂšs Ă  la validation des acquis de l’expĂ©rience VAE aux travailleurs des ESAT. Au-delĂ  de ces nouveaux droits pour le travailleur, la loi de 2005, promulguĂ©e Ă©galement en vue d’un rapprochement avec la rĂ©glementation europĂ©enne, a mis l’accent sur l’ouverture vers l’extĂ©rieur et le milieu ordinaire. Dans une logique s’inspirant du supported employement anglo-saxon Pachoud, 2014 l’idĂ©e est de mettre l’accent sur l’emploi accompagnĂ© et de dĂ©cloisonner le travail protĂ©gĂ© en permettant des partenariats entre les ESAT et les entreprises publiques ou privĂ©es. Dans cette logique, se sont ainsi créés des ESAT hors-murs » qui, tout en assurant un suivi et un soutien mĂ©dico-social, proposent la mise Ă  disposition des travailleurs dans des entreprises partenaires du milieu ordinaire. Ambivalence et tensions autour de la double mission des ESAT 15Les actions des ESAT s’articulent donc autour de deux Ă©lĂ©ments principaux les activitĂ©s de travail et les activitĂ©s de soutien mĂ©dico-social. Par opposition au milieu ordinaire, les ESAT proposent aux travailleurs ayant la RQTH des expĂ©riences professionnelles en milieu protĂ©gĂ© en leur offrant la possibilitĂ© d’exercer une activitĂ© dans un environnement amĂ©nagĂ© compte tenu de leurs besoins. À cĂŽtĂ© de ces diverses expĂ©riences de travail, les ESAT proposent des activitĂ©s de soutien mĂ©dico-social dans le but d’accompagner la personne dans la dĂ©finition de son projet de vie et professionnel et lui permettre d’acquĂ©rir des compĂ©tences et savoir-faire pour le mener Ă  bien. Ces activitĂ©s, organisĂ©es par les diffĂ©rents professionnels accompagnants moniteurs d’ateliers, conseillers en insertion, assistant social, ergothĂ©rapeute, etc., peuvent ĂȘtre conduites de maniĂšre individuelle ou collective et s’articuler autour de la formation professionnelle, de l’ouverture Ă  l’environnement, du dĂ©veloppement de l’autonomie, etc. 7 Loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l'hôpital et relative aux patients, à la s ... 16Du fait de l’importance accordĂ©e Ă  leur premiĂšre mission l’accompagnement socio-mĂ©dical et socio-Ă©ducatif, les ESAT sont classĂ©s parmi les établissements et services sociaux et médico-sociaux et sont régis par les Agences Régionales de Santé ARS depuis la loi Hôpital, Patient et Territoire » du 21 juillet 2009 qui portait sur la réforme de l’hôpital7. Ce sont donc les ARS qui ont maintenant la main sur la crĂ©ation de nouveaux Ă©tablissements, l’évolution du nombre de places dans les Ă©tablissements existants - places de fait gelĂ©es depuis 2013 pour des raisons budgĂ©taires ainsi que le rappelle de rapport de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Finances et de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales 2019, p. 1 – et qui attribue les financements aux ESAT, pour partie selon une grille tarifaire Ă©tablie en fonction des publics accueillis types de handicaps. 17Le financement des ESAT est ainsi assurĂ© principalement par des fonds publics qui se composent d’une part, d’une dotation globale de fonctionnement provenant du budget de l’assurance maladie versĂ©e par l’ARS sur le Budget Principal d’Action Sociale et qui sert Ă  couvrir les dĂ©penses liĂ©es Ă  l’accompagnement socio-mĂ©dical principalement la rĂ©munĂ©ration des encadrants ; d’autre part une garantie de ressources, intitulĂ©e aussi Aide au poste », qui provient directement du budget de l’État et qui participe Ă  la rĂ©tribution des travailleurs ayant la reconnaissance de la qualitĂ© de travailleur handicapé RQTH. Quoiqu’importants, ces financements publics ne reprĂ©sentent que 70 % environ du budget des ESAT. Pour parvenir Ă  l’équilibre, ceux-ci doivent donc dĂ©gager des bĂ©nĂ©fices commerciaux, Ă  partir de leurs activitĂ©s productives, pour financer une partie de la rémunération des travailleurs en situation de handicap et couvrir les charges liées à la production. L’ambiguĂŻtĂ© tient au fait que ces recettes commerciales n’ont pas, en thĂ©orie, vocation à ancrer les ESAT dans une logique marchande tournée vers le profit. En effet, ces structures doivent agir dans l’intérêt des travailleurs en leur proposant des activités qui correspondent à leurs besoins et à leurs capacités, même si celles-ci s’avĂšrent peu rentables. Dans les faits, on comprend aisĂ©ment que ces ressources complĂ©mentaires sont toutefois indispensables, ce qui crĂ©e des tensions entre les deux missions des ESAT, ainsi que l’expliquait le sĂ©nateur Bocquet dans son rapport. La poursuite concomitante de ces deux objectifs est Ă  l’origine d’une tension dans le fonctionnement des ESAT, qui doivent contribuer Ă  l’épanouissement de leurs usagers tout en veillant Ă  ce que leur Ă©quilibre Ă©conomique soit assurĂ© par des dĂ©bouchĂ©s Ă©conomiques suffisants. Si cette tension n’est pas nouvelle, puisqu’elle est consubstantielle Ă  la mission de ces Ă©tablissements, elle se renforce Ă  mesure que ceux-ci sont soumis Ă  une concurrence Ă©conomique accrue et doivent faire face au vieillissement de la population qu’ils accueillent. En effet, les ESAT doivent pouvoir garantir une productivitĂ© du travail suffisante et dĂ©velopper de nouvelles activitĂ©s tout en maintenant une bonne qualitĂ© de prise en charge » Bocquet, 2015, p. 9. 18À l’ambivalence de statut des ESAT, qui relĂšvent du secteur socio-mĂ©dical alors qu’ils ont un fonctionnement proche de celui des entreprises ordinaires, fait Ă©cho l’ambiguĂŻtĂ© du statut des personnes qu’ils accueillent, situation critiquĂ©e tant Ă  l’échelle nationale par les associations de personnes en situation de handicap que par les institutions internationales voir par exemple les critiques Ă©mises en 2019 par Catalina Devandas-Aguilar, Rapporteure spéciale sur les droits des personnes handicapées pour l’ONU. En effet, orientĂ©s par la MDPH vers le travail protĂ©gĂ© aprĂšs l’obtention de la RQTH, ces travailleurs ne disposent pas du statut de salarié de droit commun. Ils sont considĂ©rĂ©s comme des usagers » et ne relĂšvent pas du Code du travail, mais du Code de l’action sociale et des familles, ce qui explique ce statut spĂ©cifique. Ils ne signent pas un contrat de travail à la différence des travailleurs des Entreprises Adaptées, mais un contrat de soutien et d’aide par le travail ». A contrario, la direction d’un ESAT est dans l’incapacité de mettre un terme, de manière unilatérale, à la présence d’un travailleur dans son Ă©tablissement on ne peut licencier un usager. Les ESAT sont toutefois rattachés au Code du travail en ce qui concerne l’hygiène, la sécurité et la médecine du travail, et leurs travailleurs ayant la RQTH bĂ©nĂ©ficient de droits sociaux durĂ©e maximale du travail ; droit aux mĂȘmes congĂ©s que les autres salariĂ©s ; droit Ă  la formation professionnelle et à la validation des acquis de l’expérience VAE ; droit à la participation dans le cadre du conseil de la vie sociale CVS de leur Ă©tablissement. Ils ont Ă©galement droit à une Rémunération Garantie, fixĂ©e par le lĂ©gislateur Ă  un montant Ă©tabli entre 55 % et 110 % du salaire minimum de croissance SMIC brut pour un temps plein qui, dans le dĂ©tail, correspond Ă  l’Aide au Poste attribuĂ©e par l’État qui ne peut ĂȘtre supĂ©rieure Ă  50 % du SMIC, Ă  laquelle s’ajoute la part de l’ESAT, prise sur ses recettes propres qui ne peut ĂȘtre infĂ©rieure Ă  5 % du SMIC. En complĂ©ment les travailleurs des ESAT ayant la RQTH peuvent aussi percevoir l’Allocation Adulte HandicapĂ© AAH accordĂ©e par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapĂ©es CDAPH qui siĂšge Ă  la MDPH, mais le cumul des deux ne peut ĂȘtre supĂ©rieur Ă  100 % du SMIC brut pour une personne seule majorĂ© selon la situation du conjoint ou l’existence d’enfants ou d’ascendants Ă  charge. Ils peuvent enfin percevoir une prime d’intĂ©ressement. Au final le revenu disponible d’un travailleur d’ESAT avoisine les 1400 euros », estime le rapport de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Finances et de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales 2019 31. 19Ainsi, dĂšs avant la pandĂ©mie, les ESAT devaient rĂ©soudre le dilemme entre objectifs d’accompagnement et de rentabilitĂ© Ă©conomique et, de ce fait, leurs directeurs devenir de vĂ©ritables entrepreneurs, c’est-Ă -dire des personnes qui mettent l’activitĂ© en mouvement, qui insufflent de la crĂ©ativitĂ© et qui brisent la routine. Bref, des innovateurs, y compris dans l’accompagnement des travailleurs. » Bocquet, 2015. Les Entreprises AdaptĂ©es, qui ont succĂ©dĂ© par la loi de 2005 aux Ateliers ProtĂ©gĂ©s, et qui se diffĂ©rencient des ESAT par une plus grande importance accordĂ©e Ă  l’accompagnement socio-professionnel des personnes qu’elles accueillent par rapport au soutien mĂ©dico-social, sont soumises aux mĂȘmes tensions assurer leur mission d’accompagnement vers l’emploi tout en Ă©tant Ă©conomiquement suffisamment rentables pour rester viables. 3. Étude empirique prĂ©sentation de l’échantillon et mĂ©thodologie de recherche 20Pour interroger l’adaptation des ESAT Ă  la pandĂ©mie et au confinement tant sur le volet du soutien mĂ©dico-social que sur les modalitĂ©s Ă©conomiques, nous nous sommes appuyĂ©s sur des entretiens semi-directifs conduits en juin et juillet 2020 auprĂšs de cinq responsables de ces Ă©tablissements quatre directeurs d’ESAT et un responsable de productions et de commercialisations, mais reprĂ©sentant six Ă©tablissements de la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes en raison de la mutualisation de l’organisation administrative de deux d’entre eux Tableau 1. Trois d’entre eux, situĂ©s en milieu rural communes de moins de 1000 habitants dans le dĂ©partement de l’Ain et celui de la Loire, proposent aux travailleurs en situation de handicap des activitĂ©s professionnelles majoritairement Ă  dominante agricole. Les trois autres, implantĂ©s en milieu urbain mĂ©tropoles rĂ©gionales ou proche pĂ©riphĂ©rie de ces mĂ©tropoles dans les dĂ©partements du Puy-de-DĂŽme et du RhĂŽne, sont davantage spĂ©cialisĂ©s dans la sous-traitance et les services aux entreprises. En raison de la difficultĂ© d’accĂšs les ESAT sont restĂ©s fermĂ©s au public jusqu’à l’automne ces entretiens ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s par tĂ©lĂ©phone ou en visioconfĂ©rence et ont donnĂ© lieu Ă  des retranscriptions. La grille d’entretien, qualitative, portait d’une part sur les mesures mises en place par les Ă©tablissements pendant le confinement et au cours du dĂ©confinement, en particulier celles concernant les missions d’accompagnement socio-mĂ©dical ; d’autre part sur l’impact de la pandĂ©mie sur les activitĂ©s Ă©conomiques des ESAT arrĂȘt ou maintien de telle ou telle production, relations avec la clientĂšle, modification ou diversification des activitĂ©s pour s’adapter au contexte, consĂ©quences sur le chiffre d’affaires, etc.. 21Les Ă©tablissements de notre panel sont reprĂ©sentatifs des 1400 ESAT rĂ©partis sur le territoire national, qui accompagnaient 122 600 travailleurs ayant la RQTH en 2014 derniĂšres statistiques publiĂ©es par la Direction de la recherche, des Ă©tudes, de l’évaluation et des statistiques Drees dĂ©pendant des ministĂšres du Travail, de la SantĂ© et de l’Économie. Tous sont gĂ©rĂ©s par des associations Ă  but non lucratif. Des associations de parents d’enfants en situation de handicap mental sont majoritairement Ă  l’origine de leur crĂ©ation. Parfois, comme dans le cas des ESAT 2 et 2 bis de notre Ă©chantillon, il s’agit d’initiatives citoyennes locales ici c’est au dĂ©part un mĂ©decin qui a proposĂ© cette solution pour accueillir ses patients en situation de déficience mentale qui travaillaient comme ouvriers agricoles jusqu’à ce que l’essor de la mécanisation n’entraîne une diminution des besoins de main-d’Ɠuvre ; quelques annĂ©es plus tard, les Ă©lus de la commune voisine ont souhaitĂ© dĂ©velopper un projet similaire, avant de finalement mutualiser la gestion de leurs Ă©tablissements. Initialement les ESAT accompagnaient donc majoritairement des personnes en situation de dĂ©ficience intellectuelle et handicap mental. Ce public reste prĂ©pondĂ©rant Ă  l’échelle nationale 64 % des travailleurs des ESAT en 2014 et dans notre Ă©chantillon, mais l’on observe depuis quelques annĂ©es la part croissante des personnes en situation de handicap psychique 21 % en moyenne nationale en 2014, Ă©galement prĂ©sentes dans plusieurs ESAT de notre panel. 22En terme d’effectifs, les ESAT s’apparentent Ă  des PME et comptent en moyenne nationale 80 travailleurs ayant la RQTH. Notre Ă©chantillon montre que les ESAT urbains sont un peu plus importants que les ESAT ruraux. Pour ce qui concerne les activitĂ©s, la caractĂ©ristique des ESAT, comme le met en Ă©vidence notre panel tableau 1, est de prĂ©senter une gamme Ă©tendue de productions et de services dans l’objectif d’offrir un certain choix de mĂ©tiers aux travailleurs qu’ils accueillent, mais aussi de limiter le risque de fluctuation et/ou de dĂ©pendance Ă©conomique par rapport Ă  un secteur d’activitĂ©s. Ces activitĂ©s sont en gĂ©nĂ©ral plus nombreuses dans les ESAT urbains que dans les ESAT ruraux quand la moyenne nationale s’établit Ă  8 activitĂ©s par ESAT Inspection GĂ©nĂ©rale des Finances et Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales, 2019, l’étude rĂ©alisĂ©e pour Solidel en dĂ©nombrait 5,3 en moyenne pour ceux situĂ©s en milieu rural Chevalier-Despicht et Droin, 2007. Les activitĂ©s pratiquĂ©es dans les ESAT de notre Ă©chantillon sont dans l’ensemble reprĂ©sentatives de celles que l’on observe Ă  l’échelle nationale. Ainsi, dans son rapport, le sĂ©nateur Bocquet relevait que les activitĂ©s liĂ©es au conditionnement, Ă  l’emballage ou au montage reprĂ©sentaient 44 % des activitĂ©s des ESAT. [
] Les activitĂ©s de services blanchisserie, nettoyage, restauration, etc. reprĂ©sentaient pour leur part 20 % des activitĂ©s en ESAT et les activitĂ©s vertes » espaces verts, agriculture, activitĂ©s bois 28 % » Bocquet, 2015. Les activitĂ©s strictement agricoles restent toutefois minoritaires l’étude pour Solidel estimait que seuls 13 % des ESAT proposaient une activitĂ© agricole Chevalier-Despicht et Droin, 2007, mĂȘme si cette part est certainement en croissance du fait du dĂ©veloppement du maraĂźchage qui se prĂ©sente comme une voie de diversification intĂ©ressante, y compris pour des ESAT situĂ©s en milieu pĂ©ri-urbain. 23Une part importante de l’activitĂ© des ESAT reste toutefois rĂ©alisĂ©e dans le cadre de la sous-traitance. Cette part – historique, notamment sur des activitĂ©s telles que le conditionnement et l’emballage – trouve une explication dans le contexte institutionnel. En effet, depuis la loi d’obligation d’emploi des travailleurs handicapĂ©s du 10 juillet 1987, remaniĂ©e en 2005, tous les Ă©tablissements d’au moins 20 salariés doivent prĂ©senter dans leurs effectifs une proportion de 6 % de personnes ayant la reconnaissance de la qualitĂ© de travailleur handicapé RQTH. S’ils ne remplissent pas cette obligation, ils doivent verser une contribution financiĂšre Ă  l’Association de gestion du fonds pour l’insertion des personnes handicapĂ©es Agefiph. Mais ils peuvent aussi limiter cette contribution en faisant appel, en sous-traitance ou en prestation de services, Ă  des ESAT ou Ă  des Entreprises adaptĂ©es. Or, les activitĂ©s traditionnelles de sous-traitance, que sont notamment le conditionnement, l’emballage ou le montage, apparaissent les plus exposĂ©es Ă  la concurrence, Ă  la fois entre ESAT et par rapport Ă  d’autres entreprises, nationales voire internationales Bocquet, 2005, ce qui les conduit Ă  chercher des voies de diversification dans des domaines plus rentables et/ou moins dĂ©localisables, par exemple la gestion des espaces verts ou la restauration collective pour les Ă©coles, les maisons de retraite, les hĂŽpitaux, etc. et les services de traiteur pour les collectivitĂ©s et les entreprises, ainsi que l’on en trouve plusieurs exemples dans notre panel. Par ailleurs, ces activitĂ©s, qui mettent les travailleurs en situation de handicap au contact de la sociĂ©tĂ©, sont le signe d’une plus grande ouverture des ESAT, comme l’illustre Ă©galement la pratique croissante du dĂ©tachement des travailleurs dans les entreprises, dont nous avons un exemple dans notre panel. 4. RĂ©sultats et discussion Confinement impact sur l’équilibre des personnels et accompagnements des Ă©tablissements 24À la demande de l’Agence RĂ©gionale de SantĂ©, tous les travailleurs de ces Ă©tablissements, considĂ©rĂ©s comme Ă©tant des personnes vulnĂ©rables, ont Ă©tĂ© renvoyĂ©s chez eux pendant le confinement, alors que, comme le relĂšve un directeur d’établissement, dans le cas de handicaps psychiques, ils ne sont pas plus vulnérables que n’importe qui d’autre ». Qu’il s’agisse des ESAT ruraux ou urbains, le personnel d’encadrement a assurĂ© la continuitĂ© du service Ă©conomique des Ă©tablissements. Tous les directeurs d’établissements interrogĂ©s ont soulignĂ© que le confinement a Ă©tĂ© une pĂ©riode difficile pour les personnes accompagnĂ©es. L’absence du rythme du travail, la rupture brutale des relations sociales et professionnelles a bien souvent accentuĂ© les angoisses et les craintes. Pour faire face aux besoins et assurer, durant cette pĂ©riode, la continuitĂ© de l’accompagnement mĂ©dico-social, les Ă©tablissements ont tous mis en place une organisation spĂ©cifique pour rompre l’isolement. 25D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, le confinement mis en place au printemps 2020 a Ă©tĂ© une vĂ©ritable Ă©preuve pour l’ensemble de la population, pouvant parfois aller chez certains jusqu’à dĂ©clencher ou aggraver des troubles psychiques, confirmant les rĂ©sultats de recherches antĂ©rieures rĂ©alisĂ©es dans d’autres contextes. En effet, les consĂ©quences d’un confinement en petits groupes avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© analysĂ©es, par exemple, lors d’expĂ©ditions polaires, sous-marines ou insulaires. Ces Ă©tudes avaient mis en Ă©vidence notamment une augmentation de la paranoĂŻa et des expĂ©riences hallucinatoires sur des personnes ne prĂ©sentant pas d’antĂ©cĂ©dents de troubles mentaux. Il apparaĂźt que ces effets dĂ©pendent de la durĂ©e de confinement et disparaissent Ă  la fin de celui-ci Smith, 1969 ; Cochrane et Freeman, 1989 ; Gunderson et Nelson, 1963. D’autres Ă©tudes portant sur l’isolement de dĂ©tenus en prison avaient quant Ă  elles montrĂ© que les prisonniers mis Ă  l’isolement prĂ©sentaient des symptĂŽmes d’état confusionnel agitĂ©, de dĂ©lires et d’hallucinations ainsi que des Ă©pisodes de violence autodirigĂ©e Brodsky et Scogin, 1988 ; Korn, 1988a, Korn, 1988b. Ces recherches indiquent Ă©galement une hypersensibilitĂ© aux stimulus extĂ©rieurs et des altĂ©rations de la perception Grassian, 1983. 26Si toutes ces Ă©tudes portent sur des situations trĂšs spĂ©cifiques, les confinements pour raisons sanitaires induisent Ă©galement des effets nĂ©gatifs. En ce qui concerne le confinement liĂ© Ă  la pandĂ©mie de COVID-19, plusieurs chercheurs Brooks, Webster et Smith, 2020 ; Fiorillo et Gorwood, 2020 ; Li, Wang et Xue, 2020 ont par exemple observĂ© une augmentation des troubles dĂ©pressifs due au fait que la pandĂ©mie met l’individu face Ă  un risque vital pour lui-mĂȘme ainsi que pour ses proches. Le confinement bouleverse les repĂšres de l’individu dans la sociĂ©tĂ© comme l’explique Cleland citĂ© par Mengin et al., 2020. Par ailleurs, la distanciation sociale, si elle constitue un moyen de protection, est aussi synonyme d’isolement, d’exclusion et de mĂ©fiance vis-Ă -vis des autres Kaniasty, 2019, ce qui est source d’anxiĂ©tĂ© et de mal-ĂȘtre. À ceci peut s’ajouter une perte de valorisation professionnelle et sociale en pĂ©riode de confinement. En effet, l’activitĂ© professionnelle de nombreuses personnes a Ă©tĂ© rĂ©duite, voire arrĂȘtĂ©e, et les recherches en psychologie positive dĂ©montrent que le sentiment de bonheur survient d’expĂ©riences qui gĂ©nĂšrent une forme de dĂ©fi personnel qu’un individu surmonte grĂące Ă  ses compĂ©tences personnelles Csikszentmihalyi, 2004. En outre, la situation de confinement gĂ©nĂšre de l’ennui qui peut avoir deux types de consĂ©quences d’une part un fort sentiment d’insatisfaction, lequel peut se traduire par de l’agressivitĂ©, ainsi que la recherche de compensation par des comportements addictifs comme la consommation de drogues ou les jeux d’argent Mercer-Lynn et Eastwood, citĂ©s par Mengin et al, 2020. 27Tout ceci peut provoquer des troubles dĂ©pressifs chez les personnes n’ayant pas d’antĂ©cĂ©dents psychiatriques, a fortiori chez les personnes vulnĂ©rables comme celles accompagnĂ©es par les ESAT de notre Ă©tude, ainsi qu’en tĂ©moignent les directeurs d’établissements. Si la situation n’a pas posĂ© de problĂšmes majeurs dans la plupart des cas, tous ont soulignĂ© l’anxiĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rĂ©e par la situation et l’ennui des personnels comme le rappelait la directrice d’un des l’ESAT certains ont trouvĂ© le temps long, se sont sentis seuls et ont eu peu de contacts pendant cette pĂ©riode » du fait de l’impact nĂ©gatif de la rupture des relations sociales et de l’importance de l’activitĂ© professionnelle pour l’équilibre psychique des travailleurs. Ce sentiment d’ennui nous a Ă©tĂ© confirmĂ© par les travailleurs de deux ESAT agricoles rencontrĂ©s en septembre 2020 Ă  l’occasion de l’organisation d’ateliers participatifs. 28La situation a parfois Ă©tĂ© plus contrastĂ©e. Ainsi un autre responsable d’ESAT a-t-il soulignĂ© la variĂ©tĂ© de rĂ©actions des travailleurs de son Ă©tablissement Cette pĂ©riode a suscitĂ© des rĂ©actions trĂšs diverses de la part des travailleurs. Certains ont Ă©tĂ© traumatisĂ©s, d’autres angoissĂ©s ou paniquĂ©s. Certains ont eu le sentiment d’ĂȘtre en vacances quand d’autres n’ont rien compris Ă  ce qui se passait. Il y a eu autant de rĂ©actions que d’individus, mais dans l’ensemble tout s’est bien passĂ© nous n’avons pas eu d’hospitalisation ou de cas grave. Toutefois cette crise n’a pas aidĂ© les travailleurs handicapĂ©s Ă  aller mieux ». 29Ce sentiment gĂ©nĂ©ralisĂ© d’anxiĂ©tĂ©, voire d’angoisse, s’est Ă©galement poursuivi lors de la phase de dĂ©confinement comme en tĂ©moigne le directeur d’un des ESAT urbains Certains ouvriers ont mal vĂ©cu le confinement. Plusieurs Ă©taient angoissĂ©s Ă  l’idĂ©e de reprendre le travail, mais nous leur avons permis de revenir pour voir les mesures mises en place avant qu’ils dĂ©cident de revenir travailler. Beaucoup sont venus dans ce cadre pour visiter, cela a permis de les rassurer. Nous avons aujourd’hui un travailleur proche de la retraite qui craint de revenir et qui n’est donc toujours pas revenu ». 30MĂȘme si les travailleurs ont Ă©tĂ© renvoyĂ©s chez eux pendant le confinement, les Ă©tablissements avaient dans l’obligation d’assurer, le suivi des accompagnements mĂ©dico-sociaux. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, tous les ESAT ont gardĂ© des contacts tĂ©lĂ©phoniques rĂ©guliers avec les travailleurs confinĂ©s. Concernant l’accompagnement mĂ©dico-social des travailleurs, ils ont Ă©tĂ© suivis pendant cette pĂ©riode par le service d’accompagnement Ă  la vie sociale SAVS de l’association par tĂ©lĂ©phone, ainsi que par les moniteurs de l’ESAT qui les ont Ă©galement contactĂ©s rĂ©guliĂšrement par tĂ©lĂ©phone. » ESAT 2 et 2 bis Il y a eu un suivi par tĂ©lĂ©phone et des interventions Ă  domicile avec le respect des gestes barriĂšres. » ESAT 3 Pendant le confinement, nous avons gardĂ© contact avec les ouvriers, nous les appelions pour prendre des nouvelles et maintenir un lien social toutes les semaines. Environ un tiers d’entre eux vivent de maniĂšre autonome, un autre tiers vivent dans leur famille, et un autre tiers dans des foyers d’hĂ©bergement. Nous avons donc ciblĂ© en prioritĂ© celles et ceux qui Ă©taient seuls. Nous avions aussi des contacts avec les foyers pour prendre des nouvelles. » ESAT 5 31Parfois cette mission de soutien et de suivi a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  une personne en particulier, comme dans cet ESAT urbain oĂč une Ă©ducatrice technique spĂ©cialisĂ©e Ă©tait Ă  disposition des personnes confinĂ©es chez elles. Deux fois par semaine, elle appelait les travailleurs pour faire le point sur leur situation, pour savoir comment ça se passait pour eux ». Dans un des ESAT ruraux, le suivi mĂ©dical et paramĂ©dical des travailleurs a Ă©tĂ© assurĂ© selon plusieurs modalitĂ©s pour tenir compte de la variĂ©tĂ© des situations Les usagers qui rĂ©sidaient dans des structures collectives Ă©taient encadrĂ©s par celles-ci. Ceux qui Ă©taient chez eux, en famille, Ă©taient encadrĂ©s par la famille et ceux qui Ă©taient seuls durant cette pĂ©riode ont Ă©tĂ© suivis par des structures de l’association soit en prĂ©sentiel Ă  leur domicile et dans le respect des gestes barriĂšres, soit en tĂ©lĂ©consultation ». ESAT 1 32Enfin, l’impact diffĂ©renciĂ© des activitĂ©s de plein air ou en atelier s’est fait ressentir au moment du dĂ©confinement quand les travailleurs en situation de handicap sont retournĂ©s dans leurs Ă©tablissements. La reprise d’activitĂ© s’est partout faite progressivement, sur la base du volontariat selon les recommandations de l’Agence RĂ©gionale de SantĂ©, afin de ne pas brusquer les personnes. Partout Ă©galement ont Ă©tĂ© mis en place des protocoles de prĂ©vention trĂšs rigoureux ainsi que des sĂ©ances de formation pour bien expliquer l’importance de la distanciation physique et des gestes barriĂšres. Si, dans tous les ESAT, les travailleurs en situation de handicap se sont montrĂ©s attentifs et respectueux des consignes, les personnels d’encadrement doivent rester trĂšs vigilants, car bien souvent le masque n’est pas porté de la bonne manière on le retrouve parfois sous le nez ou sous le menton » et les rĂšgles de distanciation physique ne sont pas toujours correctement assimilĂ©es. Une activitĂ© agricole prĂ©sente alors, sous l’angle de la sĂ©curitĂ© sanitaire, un avantage imprĂ©vu comme en tĂ©moigne un responsable d’ESAT. Les gestes barrières et leur importance sont bien compris par les travailleurs, mais pas toujours faciles à faire respecter au quotidien sur le long terme. Nous avons la chance en tant qu’ESAT agricole d’avoir des activités en extérieur où la distanciation physique est beaucoup plus simple à respecter et où le masque peut être enlevé. Par ailleurs, le fait d’être en campagne présente aussi l’avantage de croiser moins de monde, de pouvoir respecter plus facilement les distanciations physiques, ce qui est beaucoup plus difficile en ville, notamment dans les transports en commun. » ESAT 1 33Si l’ensemble des responsables d’ESAT interrogĂ©s considĂšre que, sur le plan social, les mesures de suivi mises en place ont permis aux travailleurs de gĂ©rer la crise avec plus ou moins de difficultĂ©s en fonction des situations, sur le plan Ă©conomique, la donne est diffĂ©rente. En effet, tous confient que leur Ă©tablissement a subi une baisse de chiffre d’affaires et parfois une perte de clientĂšle. Mais celle-ci varie beaucoup selon les lieux et les modĂšles Ă©conomiques. ESAT agricoles ou urbains deux modĂšles Ă©conomiques face Ă  la crise 34Le financement des ESAT est assurĂ© pour une large partie par une dotation de l’État et de l’assurance maladie environ 70 % correspondant aux dĂ©penses de personnel et Ă  divers frais de fonctionnement. Leurs activitĂ©s Ă©conomiques restent donc importantes pour l’équilibre de leur budget. DĂšs lors, la question de la rentabilitĂ© de leurs activitĂ©s commerciales reste cruciale. 35Durant le confinement tous les ESAT ont pu bĂ©nĂ©ficier de certaines aides financières de l’État. Ainsi les dotations globales, de mĂȘme que l’Aide au poste qui correspond à une part de la rémunération des travailleurs en situation de handicap ont-elles Ă©té maintenues. Les ESAT n’ont donc pas eu Ă  supporter les charges de rémunération, incluant les charges sociales, pendant la période s’étalant du 12 mars au 30 juillet 2020. Ces aides ont permis de maintenir la rĂ©tribution des travailleurs à taux plein incluant donc la partie des salaires payée habituellement par les Ă©tablissements, ce qui Ă©tait crucial pour les personnes en situation de handicap qui disposent en rĂšgle gĂ©nĂ©rale de ressources modestes. Elles ont aussi permis d’éviter aux ESAT de connaĂźtre de trop grandes difficultés financières et, au final, de sauver un peu l’année » comme le rĂ©sume la directrice d’un des ESAT. Par ailleurs, l’Agence RĂ©gionale de SantĂ© a souvent fait don de divers matĂ©riels masques chirurgicaux, gants et gels hydroalcooliques, ce qui a un peu rĂ©duit les dĂ©penses affectĂ©es aux mesures de prĂ©vention. Par contre, les demandes spĂ©cifiques qu’ont dĂ©posĂ©es certains ESAT pour compenser les surcoûts engendrés par la crise du Covid n’ont, semble-t-il, pas connu de suite favorable. 36Outre la mesure des difficultĂ©s Ă©conomiques, communes Ă  tous les Ă©tablissements, nous souhaitions ajouter une dimension territoriale Ă  notre analyse en comparant leur adaptation selon le type de milieu dans lequel ils sont implantĂ©s rural, urbain et des activitĂ©s qu’ils proposent. En effet, compte tenu du modĂšle Ă©conomique des ESAT ruraux, privilĂ©giant la vente directe de leur production dans des rĂ©seaux de proximitĂ©, l’impact Ă©conomique de la crise sanitaire et du confinement semblait moins susceptible de les affecter, contrairement aux Ă©tablissements situĂ©s en milieu urbain, plus dĂ©pendants d’une clientĂšle professionnelle elle-mĂȘme plus exposĂ©e aux consĂ©quences de la crise. MĂȘme si la faiblesse de l’échantillon empĂȘche de dĂ©boucher sur une gĂ©nĂ©ralisation des observations qui serait excessive, la divergence de modĂšles Ă©conomiques entre ESAT ruraux Ă  vocation agricole et ESAT urbains, plutĂŽt orientĂ©s vers la sous-traitance, est suffisamment marquĂ©e pour que l’on puisse toutefois en tirer des enseignements. 37Si tous les ESAT de notre panel ont interdit, Ă  la demande de l’Agence RĂ©gionale de SantĂ©, l’accĂšs de leurs locaux aux travailleurs en situation de handicap durant le confinement, aucun d’entre eux toutefois n’a Ă©tĂ© totalement Ă  l’arrĂȘt pendant la durĂ©e totale du confinement les professionnels des diffĂ©rents Ă©tablissements en particulier les moniteurs d’ateliers ont continuĂ© Ă  travailler pour assurer une continuitĂ© de services dans les activitĂ©s essentielles. Le maintien de l’activitĂ© n’a pas empĂȘchĂ© des baisses de chiffres d’affaires, parfois trĂšs importantes dans certaines branches. 38Ainsi le directeur d’un des ESAT urbains estime qu’au premier semestre [son Ă©tablissement a] perdu 40 % de l’activité commerciale par rapport à l’an passé [et] qu’à la fin de l’année nous aurons une perte de 30 % ». MĂȘme constat chez son voisin qui dĂ©taille les pertes d’activitĂ©s par secteur d’intervention L’activité de l’ESAT a été impactée, notamment pour ce qui est de l’activité d’entretien des espaces verts. Nous avons dû reporter des interventions prévues chez certains clients. Par ailleurs, nous avons été contraints de refuser de nouveaux clients que l’on aurait acceptés en temps normal, mais nous nous sommes engagés à maintenir l’entretien avec les clients avec qui nous sommes déjà en contrat. Une autre activité de l’ESAT a été impactée c’est le conditionnement. Nous avons perdu 10 à 15 % de marché sur cette activité. Les clients qui avaient besoin de nous pour cette tâche se sont tournés vers d’autres solutions, puisque nous ne pouvions pas assurer nos prestations. » ESAT 3 39Rares sont les activitĂ©s des ESAT urbains Ă  avoir pu ĂȘtre maintenues pendant le confinement. Cela a toutefois Ă©tĂ© le cas des activitĂ©s de service dans le domaine de la blanchisserie et de l’entretien des locaux en raison de l’existence de contrats avec des Ă©tablissements du secteur mĂ©dico-social. Les ESAT urbains ont donc rĂ©pondu Ă  la demande gouvernementale de ne pas conduire Ă  des ruptures de services essentiels [
] de construire les continuitĂ©s d’activitĂ© nĂ©cessaire pour les secteurs de sous-traitance et de prestations sensibles, notamment ceux liĂ©s au fonctionnement des Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux blanchisserie, nettoyage, restauration collective, etc.. » MinistĂšre des SolidaritĂ©s et de la SantĂ©, 2020, Annexe 1. Ainsi l’un des ESAT urbains de notre panel a-t-il repris cette activitĂ© à la marge avec seulement les encadrants » à partir du 10 avril pour faire face aux demandes de certains clients prioritaires, tels que les soignants, les hôpitaux et l’armée ». Il en a Ă©tĂ© de mĂȘme pour les deux autres ESAT urbains. Nous avons stoppé toutes nos activités sauf une, l’activité d’entretien des locaux puisque nous avons des clients qui sont des établissements médico-sociaux qui eux, ont dû poursuivre leurs activités. Nous avons donc honoré nos engagements, mais ce sont les moniteurs qui ont pris en charge cette activité. » ESAT 4 8 Les maisons d'accueil spĂ©cialisĂ©es MAS reçoivent les personnes en situation de handicap gravement ... Mais nous avons un atelier de blanchisserie avec des clients du secteur médico-social, comme des MAS et des foyers8, donc nous avions une obligation de continuité. Les salariés ont donc assuré la continuité de cette activité pendant tout le confinement, au début tous ensemble, ensuite par rotation de deux équipes par principe de sécurité pour pouvoir isoler les personnes en cas de contamination.» ESAT 5 40À l’exception de ces activitĂ©s prĂ©servĂ©es en raison du caractĂšre prioritaire des commanditaires, en gĂ©nĂ©ral toutes les autres activités des ESAT urbains ont été arrêtées pendant le confinement. Les responsables de ces Ă©tablissements ont alors cherchĂ© des solutions pour proposer du travail Ă  leurs salariĂ©s et trouver de nouvelles ressources financiĂšres. Presque tous les ESAT disposant d’un atelier de couture, la plupart se sont alors tournĂ©s vers la production de masques. Dans un premier temps nous avons fait du conditionnement de masque ; ensuite nous avons fait de la sous-traitance de fabrication de masques pour un client, puis nous avons développé nos propres masques qui ont été homologués pour trente lavages. Six salariés ont donc travaillé pour produire des masques. Ce fut un changement de notre activité lié aux circonstances. Notre atelier de couture a donc rouvert trois semaines après le début du confinement, avec uniquement les salariés. » ESAT 5 Nous nous sommes adaptĂ©s en modifiant notre production pour pouvoir fabriquer des masques. Nous n’avons pas pu répondre à temps au projet Résilience, qui consistait à fabriquer des masques pour les personnels qui travaillent en contact régulier avec le public, mais nous nous sommes approprié la démarche et avons tout de même pu fabriquer des masques qui correspondent aux normes en vigueur avant le retour des ouvriers. » ESAT 3 41Quand les ESAT urbains devaient faire face Ă  une rĂ©duction drastique de la plupart de leurs activitĂ©s, les ESAT ruraux de leur cĂŽtĂ©, en raison d’une orientation majoritairement agricole et agro-alimentaire, ont maintenu leur production, voire mĂȘme, ont vu progresser leurs ventes, profitant de l’engouement de la population pour des produits de proximitĂ© et de qualitĂ© ces ESAT ont des modes de production proches de l’agriculture biologique. Le directeur d’un des ESAT ruraux a constatĂ© une hausse de la demande telle que dans cette période [l’établissement] n’arrivait pas à la satisfaire ». Un autre, qui a Ă©galement vu ses ventes progresser, explique comment l’établissement a dĂ» toutefois rĂ©organiser ses circuits de distribution. Les moniteurs ont aussi continué d’assurer la vente de nos produits, mais sous une forme un peu différente qu’habituellement puisque nous avons fermé nos magasins de vente. Mais avons pu approvisionner le magasin de producteur. Les volailles ont aussi pu être vendues à des connaissances. Pendant la période de confinement, nous avons aussi eu, comme chaque année, une vente de produits horticoles. Nous nous sommes adaptés à la situation et au lieu de permettre aux clients de venir sur le site, nous avons mis en place un drive qui a bien fonctionné. » ESAT 2 et 2 bis Discussion 42Quoique leur rĂŽle soit en gĂ©nĂ©ral trĂšs mal connu, les ESAT, quelle que soit leur localisation apparaissent comme des acteurs Ă©conomiques importants des territoires oĂč ils sont implantĂ©s Zribi, 2012 ; Baret, 2012. Pourvoyeurs d’activitĂ©s pour les personnes en situation de handicap, ils emploient Ă©galement du personnel d’accompagnement et d’encadrement 30600 salariĂ©s en 2014 selon le rapport de l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Finances et l’Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales, 2019, contribuant ainsi aux dynamiques Ă©conomiques et dĂ©mographiques locales. En relation avec des fournisseurs et des clients, qu’il s’agisse d’entreprises ou de collectivitĂ©s, ils s’inscrivent dans des rĂ©seaux de partenariat liĂ©s Ă  la proximitĂ© gĂ©ographique Courlet, 1989 87 % des ESAT et 75 % des EA travaillent prioritairement avec des clients de leur dĂ©partement Inspection GĂ©nĂ©rale des Finances et Inspection GĂ©nĂ©rale des Affaires Sociales, 2019. Cette statistique souligne le fait que les ESAT s’ancrent dans une Ă©conomie et des dynamiques de proximitĂ© Rallet, 2002 ; Gilly et Torre, 2000 et qu’ils bĂ©nĂ©ficient en temps normal du capital relationnel Maillat, 1995 et organisationnel nĂ©cessaire au maintien de leurs activitĂ©s. 43MĂȘme si tous les ESAT dĂ©clarent avoir perdu une partie de leur clientĂšle, variable selon les secteurs, pendant la pĂ©riode du confinement, ceux situĂ©s en milieu rural semblent avoir rencontrĂ© moins de difficultĂ©s que ceux situĂ©s en milieu urbain Ă  retrouver leur niveau d’activitĂ© antĂ©rieur au confinement. Certes, les ESAT urbains ont pu compter sur la proximitĂ© institutionnelle Gilly et Pecqueur, 2000 pour conserver leurs prestations de service auprĂšs des Ă©tablissements publics du secteur socio-mĂ©dical nettoyage des locaux, blanchisserie. Mais la clientĂšle des entreprises privĂ©es paraĂźt Ă  la fois plus volatile et plus fragilisĂ©e elle-mĂȘme par la crise, ainsi qu’en tĂ©moignent deux responsables d’établissements. Aujourd’hui tout l’enjeu pour nous va être de faire de la prospection afin de récupérer des marchés et de pouvoir retrouver un niveau d’activité satisfaisant pour l’établissement. » ESAT 3 Nous n’avons pas récupéré tous nos clients au déconfinement, car certains se sont retrouvés en difficulté sur le plan financier. » ESAT 4 44A contrario, en milieu rural, le capital relationnel Maillat, 1995 et la solidaritĂ© territoriale associĂ©s Ă  la proximitĂ© gĂ©ographique Rallet, 2002 ; Torre et Rallet, 2005 semblent avoir bĂ©nĂ©ficiĂ© aux Ă©tablissements locaux qui ont perdu moins de clients, comme l’expliquait la directrice d’un des ESAT ruraux. Pour notre activité d’entretien des espaces verts, nous avons des contrats annuels avec des clients et nous avons donc revu leurs factures à la baisse, car nous n’étions pas en mesure de leur assurer cette prestation. Nous avons contacté l’ensemble de nos clients professionnels pour leur expliquer notre situation et ils ont été compréhensifs. Nous n’avons pas perdu de clients. » ESAT 2 et 2 bis. 45Surtout, a fortement jouĂ© en la faveur des ESAT agricoles, durant le confinement – et le dĂ©confinement – l’engouement des Français pour des produits alimentaires de proximitĂ©, alors parĂ©s de nombreuses vertus symboliques qualitĂ© sanitaire, authenticitĂ©, etc. a fortiori lorsqu’ils Ă©taient Ă©coulĂ©s par le biais de circuits courts. Ces achats permettaient aussi aux habitants de manifester leur solidaritĂ© Ă  l’égard des petits producteurs locaux durement affectĂ©s par la dĂ©sorganisation des circuits de distribution habituels. Le fait d’avoir une activitĂ© propre et de vendre en direct ses productions Ă  une clientĂšle de particuliers, majoritairement locale, de moins dĂ©pendre d’une clientĂšle professionnelle, elle-mĂȘme soumise aux alĂ©as de la conjoncture a permis aux ESAT ruraux de ne pas trop souffrir du contexte. En pĂ©riode de crise, comme l’avait dĂ©jĂ  remarquĂ© la directrice d’un des ESAT agricoles, le territoire, compris comme l’agencement de ressources matĂ©rielles et symboliques » selon la dĂ©finition de Bernard Debarbieux 2003 semble donc jouer pleinement son rĂŽle Ă  la faveur de la stabilitĂ© Ă©conomique des Ă©tablissements ruraux, ce qui in fine a des rĂ©percussions sur l’équilibre des travailleurs en situation de handicap. C’est sans doute plus simple pour nous en tant qu’ESAT agricole que pour des ESAT industriels qui ont peut-être plus de difficultés. Le fait de faire de la vente directe de produits de proximité aux particuliers et d’avoir peu de clients professionnels nous permet d’avoir pour les mois de juillet-aoĂ»t un chiffre d’affaires qui est en légère hausse par rapport à l’année dernière. C’est ce que nous avions déjà remarqué lors de la précédente crise économique. Nous étions moins impactés que les ESAT industriels. Le fait d’avoir une activité économique moins impactée par les crises a également un impact sur le médico-social. Il n’y a rien de pire pour les travailleurs que de ne pas avoir de travail. Le fait de ne pas être trop impacté par la crise que nous traversons leur permet donc d’être moins angoissés, plus sereins. » ESAT 2 et 2 bis. 5. Conclusion 9 Journal officiel de la RĂ©publique française. Lois et dĂ©crets, n°36 du 12/02/2005 46Pour favoriser l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, la France a mis en place divers dispositifs, dont des structures spĂ©cifiques, les ESAT. Créés par la Loi n° 2005-102 du 11 fĂ©vrier 2005 pour l’égalitĂ© des droits et des chances, la participation et la citoyennetĂ© des personnes handicapĂ©es9, ces Ă©tablissements ont remplacĂ© les anciens Centres d’Aide par le Travail CAT. Qu’ils offrent des activitĂ©s de production industrielle, agricole ou de service, ces Ă©tablissements conjuguent donc une logique Ă©conomique et commerciale de rentabilitĂ© Ă  une logique sociale et mĂ©dico-sociale d’accompagnement. 47Le confinement a conduit, en France, Ă  renvoyer chez eux les travailleurs en situation de handicap des ESAT et, de ce fait, Ă  un arrĂȘt de la quasi-totalitĂ© de la production de ces Ă©tablissements Ă  partir du 16 mars 2020, puis Ă  une reprise progressive de leurs activitĂ©s Ă  partir du mois de juin. Si tous les ESAT ont, pour remplir, le plus souvent Ă  distance, leur mission socio-mĂ©dicale auprĂšs des publics qu’ils accueillent, adoptĂ© des dĂ©marches similaires, des diffĂ©rences ont Ă©tĂ© observĂ©es en matiĂšre d’impact Ă©conomique selon la localisation et les activitĂ©s de chaque structure. Compte tenu du confinement, les revenus commerciaux des Ă©tablissements ont Ă©tĂ© parfois durement affectĂ©s au cours de cette pĂ©riode, remettant en cause leur modĂšle de fonctionnement. Dans ce contexte, les ESAT ruraux agricoles ont semblĂ© connaĂźtre moins de difficultĂ©s Ă  la reprise. Ils paraissent un peu plus armĂ©s face aux crises, sanitaires et/ou Ă©conomiques, que les ESAT urbains, plus liĂ©s Ă  la sous-traitance industrielle. Ceci s’explique par diffĂ©rents facteurs qui articulent les effets favorables de l’ancrage territorial et des relations de proximitĂ© aux caractĂ©ristiques de leurs activitĂ©s une offre de produits alimentaires de qualitĂ©, commercialisĂ©s en circuits courts, qui rĂ©pond aux demandes actuelles du public, une clientĂšle de particuliers ou de collectivitĂ©s locales restauration collective, mais aussi gestion des espaces verts, services de nettoyage et de blanchisserie pour les Ă©tablissements publics communaux, moins exposĂ©e aux alĂ©as Ă©conomiques que les entreprises privĂ©es et, enfin, une application des gestes barriĂšres sensiblement plus simples Ă  mettre en pratique du fait d’une activitĂ© qui se pratique le plus souvent en extĂ©rieur. 48À partir de novembre 2020, face Ă  l’importance de la deuxiĂšme vague » du virus, un second confinement a Ă©tĂ© mis en place en France. Bien qu’il ait Ă©tĂ© moins contraignant que le premier en termes de restrictions des libertĂ©s individuelles que le prĂ©cĂ©dent, les personnes en situation de handicap ont Ă  nouveau dĂ» rester chez elles. Cette Ă©preuve supplĂ©mentaire, pouvant ĂȘtre moralement et psychologiquement difficile, rend d’autant plus important le rĂŽle d’accompagnement des ESAT. Fragilisant encore un peu plus le chiffre d’affaires, le tissu Ă©conomique, les partenaires, mais Ă©galement le pouvoir d’achat de la clientĂšle, reste Ă  savoir comment, dans la durĂ©e, les Établissements et Services d’Aide par le Travail vont pouvoir s’adapter Ă  la longueur de la crise sanitaire et Ă©conomique. 49Au-delĂ  de cette situation conjoncturelle, les ESAT doivent faire face Ă  de nombreux enjeux, de nature diverse, tels que le vieillissement des travailleurs qui s’accompagne d’un accroissement de la fatigabilitĂ©, la modification du profil des usagers part croissante des personnes en situation de handicap psychique, accueil de jeunes ayant suivi leur scolaritĂ© dans le milieu ordinaire, les changements de la rĂ©glementation ou les contraintes liĂ©es au mode de calcul du financement public, souvent inadaptĂ© Ă  la situation, la mise en place de dispositifs efficients d’accompagnement vers le milieu ordinaire de travail, la capacitĂ© Ă  orienter leur panier d’activitĂ©s vers des secteurs moins concurrentiels, etc. ​L’association Comete qui gĂ©rait le Printemps théùtral en milieu scolaire a Ă©tĂ© contrainte d’abandonner l’évĂ©nement, nĂ© il y a 34 ans. La cause ? La subvention rĂ©duite des deux-tiers. Les explications de l’adjointe Ă  la culture ne passent pas. Le printemps théùtral a permis chaque annĂ©e Ă  des centaines de collĂ©giens et lycĂ©ens de travailler l'art dramatique, avec des comĂ©diens professionnels. DR À la suite de l’article du 8 juillet intitulĂ© Le Printemps Théùtral en question au conseil » ​, l’association Comete qui gĂšre cet Ă©vĂ©nement se dĂ©clare surprise et choquĂ©e d’apprendre, dans la presse, qu’elle met fin, de son propre chef, au Printemps Théùtral de GuĂ©rande. La convention triennale qui garantissait Ă  Comete une subvention de 11 000 € arrivait Ă  Ă©chĂ©ance en novembre dernier. Mme Lacroix, l’adjointe Ă  la culture, nous a proposĂ©, lors d’un rendez-vous, le 24 novembre, d’en signer une nouvelle pour trois ans mais
 Avec une subvention de 3 500 €. Nous ne pouvions signer cet arrĂȘt de mort des Printemps théùtraux de GuĂ©rande. L’association a alors adressĂ© le 1er dĂ©cembre 2021 une lettre en recommandĂ© au Maire et Ă  son adjointe ̏Notre association est profondĂ©ment attristĂ©e, Ă©branlĂ©e, d’apprendre que GuĂ©rande souhaite renoncer Ă  son Printemps théùtral, aprĂšs 34 ans d’existence
 Lorsque cette manifestation a Ă©tĂ© cofondĂ©e en 1987 avec M. Rabreau, l’un de vos prĂ©dĂ©cesseurs, et Mme Segretain, son adjointe Ă  la culture, leur objectif Ă©tait, bien sĂ»r, d’y accueillir en prioritĂ© les Ă©lĂšves de la ville dont les effectifs n’ont guĂšre changĂ© au fil des annĂ©es. Il s’agissait surtout pour eux de faire de GuĂ©rande le lieu d’excellence de l’éducation théùtrale des collĂšges et lycĂ©es du dĂ©partement. Pari tenu ! Recteurs, inspecteurs d’acadĂ©mie
 ont vite reconnu cette haute spĂ©cialitĂ© guĂ©randaise
 Des gĂ©nĂ©rations d’élĂšves
 expriment la mĂȘme gratitude GuĂ©rande ! Un sĂ©jour Ă©minemment marquant. ​ Sans rĂ©ponse, ce jour, Ă  cette lettre ni courrier, ni rendez-vous, nous en avons dĂ©duit que la ville renonçait, de facto, Ă  ce partenariat. Une municipalitĂ© peut certes changer de prioritĂ©s mais nous aurions dĂ» pouvoir en discuter ensemble avec un calendrier rĂ©aliste et raisonnable permettant une projection construite. Ces 34 ans de soutien exemplaire de 7 Ă©quipes municipales successives mĂ©ritaient cependant de remercier la ville de GuĂ©rande, ce que nous avons effectivement fait. ​ Cependant, l’association Comete ne remercie pas Mme Lacroix qui entretient la confusion dans ses propos. AprĂšs toutes ces annĂ©es, nous aurions en effet souhaitĂ© un engagement clair et Ă©crit de la municipalitĂ© devant un renoncement ou une continuitĂ© financiĂšrement viable. Chaque annĂ©e, avec le Printemps théùtral, 200 lycĂ©ens et 200 collĂ©giens de GuĂ©rande et du dĂ©partement, plus leurs professeurs et quelques comĂ©diens professionnels partageaient la prĂ©sentation du fruit de leur travail.

article l 912 1 du code de l éducation