🌥️ Dossier De Surendettement Et Addiction Au Jeu
Voiciles causes subjectives de surendettement : vivre au-dessus de ses moyens et faire dépenses superflues ; contraction de plusieurs dettes sans volonté réelle de les rembourser ; addiction au jeu d’argent ; Ce qu’il faut savoir sur les commissions de surendettement. La commission de surendettement est une institution publique de
Surendettement/ Questions diverses il y a 4 ans 712 Vues comments Bonjour je suis au bord du gouffre Je gagne 2000euros et suite à une grave addiction au jeu j ai contracté plus d une
Lerangement de ces pièces s’effectue parfois sur l’aspirateur balai, meilleurs casino francais en ligne la vallée développe également son offre estivale. Les Quinze dessins que nous donnons ci-après sont des types choisis de la Marche dit Cavalier, grâce à un réseau de sentiers de randonnée et de parcours de cyclotourisme rayonnant sur les Pyrénées. Machine a sous
Le15 mai 2014 la Cour de cassation réunie en Chambre civile a rendu un arrêt concernant la bonne foi du débiteur et l’activité des jeux de casino. (Cass. 2e civ., 15 mai 2014,
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Lesurendettement lié au jeu est souvent lié à l'addiction, qui est aujourd'hui considérée comme une maladie. Il est tout à fait possible, avant d'être surendetté à cause du
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Laddiction aux jeux d'argent est une pathologie reconnue médicalement. Ces "junkies" sans substance ne ressentent pas le stress que l'on éprouve normalement quand on joue et que l'on perd
Situationde surendettement Vous êtes en surendettement si vous êtes dans l'impossibilité de faire face à vos dettes et charges courantes.Vous pouvez saisir la commission de surendettement auprès de la banque de france des Yvelines.Vous devez retirer un dossier à la Banque de France des Yvelines, constituer le dossier et le lui retourner.Votre dossier sera
Recrutementde volontaires pour des entretiens dans le cadre de la recherche E-games 2. 15.02.2022. Jeux. Nous recherchons des volontaires pour des entretiens dans le cadre d’une étude menée par le GREA et Addiction Suisse autour de l’impact de la pandémie de la COVID-19 sur les comportements de jeu.
10Decembre 2009. #2. Re : IMPOSSIBILITE DE DEPOSER UN DOSSIER EN BDF. bonjour. ce qui m'inquiéte c'est vos utilisations et augmentations de réserves récentes. :-\. si vous ne pouvez plus payer, garder le reste à vivre selon le barême et donnez ce que vous pouvez. dans un délai de 4 a 6 mois déposé un dossier à la BDF. courage.
Préoccupantes de telles addictions aux jeux d'argents ou de hasard qui touche 200 000 joueurs "excessifs", dans un secteur représentant plus de 32 milliards d'euros, préoccupent aussi le
LaBanque de France publie régulièrement des statistiques sur le surendettement et le nombre de dossiers déposés. Au niveau national : Année 2017 : 181 123. Année 2016 : 194 194 . Année 2015 : 217 302. le nombre de saisines de la commission de surendettement est important mais en baisse sur ces deux dernières années. Au niveau départemental : Année
Environnement& cadre de vie. Ville labellisée "Trois fleurs" Ville labellisée "Ville prudente" Ville "Amie de la nuit" La forêt communale; Parc public et Aires de jeux; Le tri et la gestion des déchets; Loisirs-vie associative. Associations sportives et danse; Associations culturelles et de loisirs; Associations sociales et humanitaires
k2iEva. Ils sont ceux sur lesquels l’école a peu voire n’a pas de prise mais qui sont connus par elle ; ces facteurs sont ou gagneraient à être pris en considération dans les approches correctives, préventives et éducatives. L’âge des élèves Le décrochage s’accroît avec l’âge. Captifs à l’école primaire, des élèves s’éloignent progressivement des apprentissages scolaires au fur et à mesure de leur développement. Des décrochés » ont affirmé à la mission que tout allait bien à l’école primaire, que les résultats y étaient même bons mais que, chemin faisant, les rencontres avec d’autres jeunes, l’attrait d’autres groupes de pairs constitués autrement que sur la proximité scolaire, proposant d’autres centres intérêts, ont été un facteur déclencheur du décrochage. L’apport du groupe externe à l’école était bien supérieur à l’intérêt présenté par le maintien dans la structure scolaire. Si le nombre de conseils de discipline peut être un des nombreux indicateurs expliquant ces ruptures, les entretiens avec les représentants des personnels de direction confirment que le niveau 4ème est particulièrement exposé. En outre, le phénomène de redoublement maintien à l’école primaire ou redoublement au collège et en seconde générale et technologique paraît être un des plus forts prédicteurs du décrochage au lycée13. Le genre Toutes les statistiques montrent que les garçons sont plus exposés au décrochage scolaire que les filles. Les statistiques européennes révèlent que dans la population globale des NEET, la tranche d’âge des 15-19 ans tranche d’âge qui rejoint la problématique confiée à la mission alimente le nombre global à hauteur de 7,3 % pour les garçons et 6,6 % pour les filles et cela dans la quasi-totalité des États membres de l’Union. Cependant cette différence s’inverse aux âges ultérieurs, davantage de jeunes femmes s’éloignant du marché de l’emploi et de l’insertion professionnelle. Ainsi, le taux de NEET est de 19,4 % pour les femmes chez les 20-24 ans et 17,1 % chez les hommes. À ce stade du constat, il importe donc à la fois de réfléchir à la situation des garçons au cours de la période de scolarité et de formation initiale et de préparer l’avenir des filles plus fragilisées au regard de l’entrée dans l’emploi. 13 Rumberger 2008 in INRP déc. 2009. Les conditions économiques et sociales et la précarité de certaines familles Si des exemples viennent indiquer que, même dans des milieux familiaux plutôt favorisés, le processus de décrochage d’élèves peut s’installer, les conditions économiques ont des effets sur les rapports de l’élève à l’école et aux apprentissages. Dans certains territoires ou pour certains groupes, notamment parmi des familles issues de l’immigration récente, la question de la scolarisation et de la réussite scolaire des enfants n’est plus aussi centrale. Il a été également maintes fois confié aux membres de la mission que des jeunes filles puissent être amenées à quitter prématurément l’école ou à s’engager de fait dans un processus de décrochage, contraintes par des contingences familiales garde des plus jeunes éléments de la fratrie par exemple. Enfin, les assistantes sociales ne manquent pas de relever localement des conditions de vie si précaires qu’il n’y a ni espace, ni moyens financiers à consacrer à l’étude pour mettre le jeune dans un processus de réussite. La difficulté sociale précède alors l’échec scolaire. Les petits boulots » peuvent être considérés comme un facteur de décrochage parce qu’ils contribuent à créer une situation de fatigue et obèrent le temps consacré au travail personnel quand ils n’empiètent pas sur l’assiduité scolaire elle-même. Ces situations ne devraient pas être ignorées des enseignants comme des personnels en charge de la vie scolaire. Leur fréquence a été maintes fois évoquée à propos des élèves de lycée professionnel. La structure familiale Faire de la structure familiale une des causes du décrochage est à envisager avec prudence. Si ce phénomène peut se rencontrer statistiquement dans des familles monoparentales, il n’est pas démontré que seule cette caractéristique expliquerait le décrochage de l’enfant. Les différends parentaux et les ruptures familiales sont aussi constitutifs d’histoires personnelles douloureuses que les enseignants n’ont pas forcément perçues à temps ou devant lesquelles ils se sont sentis démunis. Les conditions économiques et sociales brutales licenciement d’un ou des deux parents, surendettement peuvent entrer dans l’explication d’un processus qui s’est engagé à côté d’autres facteurs explicatifs. L’organisation de l’accueil scolaire sur le territoire Cet aspect de la problématique se rencontre notamment dans les départements d’outre-mer. À titre d’exemple, la Guyane n’offrant que peu de places d’internats et les distances entre les lieux de vie et ceux de la scolarisation étant très longues à parcourir, des élèves affectés au lycée ou au lycée professionnel à l’issue du collège assurent la première partie du premier trimestre mais ne rentrent pas en classe après les vacances de Toussaint. Ce constat, proche de celui qui peut être fait dans des zones rurales éloignées de métropole où des raisons de transport voire parfois d’intégration difficile dans un groupe de pairs conduisent au décrochage, ou au mieux à la réduction des ambitions des élèves pour rester dans une formation de proximité. Ce phénomène ne concerne pas uniquement ce type d’espace, certaines métropoles peuvent également générer des difficultés de déplacement. Ainsi, à Marseille, les déplacements des élèves affectés en lycée professionnel du fait de la répartition des lycées sur le territoire de la commune sont considérés comme longs et cause de retard. Ils sont présentés comme un facteur de décrochage. À ce stade du constat, il y a lieu d’être attentif à ne pas se limiter aux analyses et aux politiques qui ne traiteraient qu’un facteur pris isolément des autres ou qui s’adresseraient à un seul groupe de population sans voir l’interaction des éléments d’un système. Dans ce processus, des facteurs purement scolaires et internes à l’institution interviennent également et fortement. La santé Les motifs d’absence pour raisons de santé sont les plus nombreux. Or l’absence, parce qu’elle génère un manque d’assiduité des élèves, est un facteur de décrochage. Mais au-delà de ce constat, il convient de donner toute sa place à ce facteur finalement mal connu et sous-estimé le plus souvent dans l’institution. Les résultats de l’enquête internationale Health Behaviour in School-aged Children HBSC montrent qu’au collège un tiers des élèves expriment des plaintes multiples et récurrentes14. On considère habituellement ces plaintes comme structurelles à l’adolescence et elles n’ont pas forcément de caractère pathologique. Mais elles affectent réellement la vie des élèves et ne devraient pas être négligées par les enseignants. Sur trente-neuf pays, la France arrive en dixième position quant à la fréquence élevée de ce syndrome de plainte. Toutes les infirmières d’établissement confirment qu’une proportion importante d’élèves exprime un mal-être. Ce mal-être conduit parfois à une prise de médicaments qui, elle-même, peut se traduire par des attitudes mal ressenties par les enseignants fébrilité comme endormissement. Environ 19,2 %15 des élèves sous obligation scolaire déclarent être porteurs d’un handicap ou d’une maladie chronique et bien sûr leur scolarité en subit des conséquences, notamment s’il n’en est pas tenu compte dans l’aménagement des apprentissages. L’augmentation, dont il faut se féliciter, du nombre d’enfants en situation de handicap scolarisés doit nous conduire à réfléchir pour eux à leur insertion professionnelle et donc à leur accès à notre système d’examen. La situation au regard des diverses pratiques addictives tabac, alcool et drogues16 n’est pas satisfaisante même si des progrès ont été enregistrés s’agissant du tabac. Lors de nos rencontres, il nous a été signalé très souvent qu’une addiction relativement nouvelle aux jeux en réseau sur internet conduit certains élèves à réduire de manière dangereuse leur temps de sommeil, ce qui a des conséquences sur leur attitude et leur concentration en classe. 14 Source La santé des collégiens en France, 2010 Emmanuelle Godeau, Félix Navarro, Catherine Arnaud. Edition INPES. 15 Source La santé des collégiens en France, ouvrage cité, enquête 2010, page 96 et suivantes. 16 La France occupe le 4ème rang pour l’usage du cannabis à 15 ans après le Canada, l’Espagne et les Etats-Unis. Par contre s’agissant de l’alcool, la fréquence de l’ivresse à 15 ans nous classe à la 28ème place sur 38 états. Source enquête HBSC 2010.
Parmi les différentes mesures proposées par la commission si elle juge un dossier de surendettement recevable, figure le rééchelonnement des dettes. Ce type de dispositif, proposé dans le cadre des mesures imposées, n’est toutefois pas accessible à tous les profils de demandeurs, ni à toutes les situations. Il faut en effet pouvoir rembourser une partie des dettes pour en bénéficier. L’intérêt du rééchelonnement des dettes est de permettre en remboursement au moins partiel adapté à la situation du demandeur. Le rééchelonnement des dettes, l’une des mesures imposées par la commission Le rééchelonnement des dettes, l’une des mesures imposées par la commissionQu’est-ce que le rééchelonnement de dettes ? Lorsqu’un dossier de surendettement est accepté par la commission suite à son dépôt, et qu’il est donc jugé recevable, plusieurs types de procédures sont possibles lors de l’orientation du dossier. Plusieurs conditions vont déterminer le type de procédure appliquée par la commission, et en premier lieu la possibilité ou non de rembourser les dettes. Si les dettes sont jugées impossibles à rembourser, il s’agira d’un rétablissement personnel avec ou sans liquidation. Si les dettes peuvent être remboursées, la procédure choisie dépendra de si le demandeur est propriétaire d’un patrimoine ou non. Si c’est le cas, la commission orientera le dossier vers une conciliation avec les créanciers, via un plan conventionnel de redressement. Si le demandeur ne dispose pas de bien immobilier, mais que ses dettes peuvent en partie être remboursées, la commission décidera alors de mesures imposées ou recommandées. Ces mesures sont notamment la réduction du taux d’intérêt, la suspension de certaines dettes, et donc le rééchelonnement des dettes. Pour bénéficier de ce rééchelonnement, le demandeur doit donc valider certaines critères d’endettement et de situation. Il faut par ailleurs noter que le rééchelonnement peut aussi être proposé dans le cadre du plan conventionnel de redressement. Qu’est-ce que le rééchelonnement de dettes ? Cette mesure doit en fait permettre au demandeur de parvenir à rembourser progressivement ses dettes, tout en protégeant son budget de vie courante. La plupart du temps, ce rééchelonnement des dettes est proposé sur une durée de 7 ans maximum, pour correspondre au délai maximal mis en place pour ce type de procédure. La durée de 7 ans coïncide aussi avec la durée d’inscription au FICP. Le rééchelonnement peut également être mis en place sur la moitié de la durée de remboursement restant à courir sur les emprunts en cours. Il faut par ailleurs savoir qu’une telle mesure, tout comme les remises de dettes, peut être contestée par les créanciers durant une période de 30 jours. Sans contestation, elle s’applique alors immédiatement. Le fonctionnement d’un rééchelonnement est simple il s’agit de réduire le montant des mensualités, en allongeant la durée de remboursement. Cette mesure permet alors à la personne concernée de regagner du pouvoir d’achat chaque mois, sans pour autant abandonner le remboursement de ses dettes. C’est une procédure assez couramment proposée par la commission dans des cas de figure où le remboursement des dettes est encore possible, parfois couplée à d’autres mesures, comme une réduction du taux d’intérêt. Il s’agit bien souvent d’une mesure qui donne un effet bénéfique immédiat au budget du demandeur, qui regagne un peu de pouvoir d’achat pour sortir de cette situation de surendettement. Enfin, une fois le dossier de surendettement terminé, une personne ayant réussi malgré ses difficultés à rembourser ses dettes grâce à un rééchelonnement, sera considérée comme crédible face à de futurs établissements de crédit pour un prêt, contrairement à un individu ayant bénéficié d’un effacement total de ses dettes.
1La psychopathologie se veut explicative de symptômes, de conduites et de comportements. Elle s’appuie de longue date sur des théories psychanalytiques, mais aussi sur des conceptualisations issues de la philosophie, de l’existentialisme par exemple, de la phénoménologie, plus proche d’un grand courant de la psychiatrie, voire sur des concepts de droit, et également sur des données de la psychologie. 2La psychanalyse n’a pas pour visée une explication magistrale ; elle suit dans la pratique les dires des analysants et s’oriente dans le champ des associations libres selon les lignes dessinées par des signifiants dans le cadre du transfert. 3La pratique des jeux n’est sans doute pas en soi une pathologie. À partir de quand peut-on la dire addictive », ce dernier terme, très usité de nos jours Rigaud, 2002, paraissant en définir, en spécifier même le pathos ? 4Cette pratique irrépressible des jeux d’argent et de hasard, frénétique et dévastatrice, exemplifie la formulation de Jean-Louis Pedinielli 1985, énonçant que les addictions se caractérisent par une mise en scène particulière de l’avidité, de la dette et de la mort ». Dompter, domestiquer le hasard Bucher, 1997a plutôt qu’apprivoiser son murmure séducteur… 5Quant à explorer le dessous des cartes du jeu compulsif en privilégiant une approche analytique un pari risqué ?… Peut-être, a priori, mais il n’en reste pas moins que cette notion d’addiction au jeu n’a guère été prise en compte par la psychiatrie classique dans son manuel, un Henri Ey, par exemple, ne consacre même pas une ligne entière au jeu compulsif Bucher, 1997b qu’il insère furtivement dans la catégorie des déséquilibres caractériels ! 6Certes, dans un texte publié dans les Annales médico-psychologiques en 1929, deux psychiatres, Dupouy et Chatagnon 1929, avaient assimilé la passion du jeu à une forme de toxicomanie, notamment la morphinomanie Il joue pour goûter le choc émotif que donne le “coup”, et plus celui-ci est gros, plus celui-là est intense. Il ressemble en cela au toxicomane qui, son éducation faite du toxique, ne désire plus que la sensation, la vibration spéciale que lui procure sa drogue favorite ». Mais la prégnance des considérations moralisatrices du texte limite fortement l’impact clinique de l’observation de ces auteurs Valleur et Bucher, 2006. 7En France, la problématique du jeu demeure longtemps délaissée par la psychiatrie et, à notre connaissance, il faudra attendre le début des années 1990 pour qu’une revue thématique sur les dépendances y consacre un numéro spécial, suscitant ainsi un écho plus large, avec notamment les textes de Jean Adès 1991 et Marc Valleur 1991. Les psychanalystes, par contre, moins pris par la grille codifiée et nécessaire lecture, se sont assez tôt intéressés au jeu René Tostain 1967, mais surtout, dans un excellent article princeps, Charles Melman, dans les Annales médico-psychologiques [1] publié en 1963. 8Mais c’est Freud qui le premier, dès 1896, dans un manuscrit adressé à Fliess donne le la ». Il parle d’un patient, hystérique, dipsomane, ayant été séduit » par un homme pervers ». La dipsomanie s’était produite par renforcement ou plutôt par substitution d’une pulsion venue remplacer la pulsion sexuelle associée le même phénomène avait probablement lieu pour la vieille F… pour la passion du jeu » [2]. Il y a bien là une prise en considération du jeu, mais celui-ci est logé à la même enseigne que la dipsomanie, celle de la passion, et déjà est mentionnée une pulsion sexuelle supplémentaire remplaçant la pulsion sexuelle habituelle ! 9À titre liminaire et autrement, remarquons d’abord que la fonction soulageante de la dépense d’argent avait été pointée par Abraham 1916 La tendance aux dépenses inconsidérées est le fait de névrosés vivant dans un état de dépendance infantile permanente à l’égard de leurs parents, présentant des troubles de l’humeur ou de l’angoisse dès qu’ils s’en éloignent. Les patients affirment eux-mêmes que la dépense soulage leur angoisse ou leur humeur. » 10Ainsi, en première approche, à défaut de guérir, la dépense apaise, pallie transitoirement le malaise interne, à l’instar de la drogue ou du médicament calmant le toxicomane. 11Là encore Freud avait innové » ! C’est dans ses écrits sur la cocaïne qu’il considère celle-ci comme un moyen d’épargne » – apparemment par rapport au refoulement – et il fait référence à un ouvrage d’un auteur français, Angel Marvaud, Les aliments d’épargne 1874 [3]. 12Dans le contexte social actuel incitation aux crédits, valorisation de la consommation, explosion de l’offre des jeux, les diverses formes de dépense compulsive Valleur et Bucher, 2006 ; Valleur et Matysiak, 2003, des achats pathologiques » au jeu pathologique le joueur, figure emblématique du toxicomane sans drogue » cultivant la transgression dans l’emphase et l’ostentation, pourraient constituer en première approche une mauvaise rencontre entre un individu fragile quant à ses désirs insatisfaits et une offre commerciale aguichante donnant l’illusion de combler un manque à être. Et, avec les jeux en vogue, massifiés Stiegler, 2000 [4], se dégage l’impression d’une prolifération de l’imaginaire », d’un régime de la frustration généralisée » ainsi que le remarque Norbert Bon in Bucher, Chassaing, Melman, et al., 2005.Freud, Bergler et Fenichel la compulsion à perdreFreud et Dostoïevski mise à mort du père et châtiment de soi-même13Dès 1928, Freud, dans son texte fameux sur Dostoïevski et le parricide Dostojewski und die Vatertötung [5], avait mis en lumière les soubassements de la personnalité de l’écrivain, marquée par une attitude ambiguë envers le père, faite de soumission et de vœu de mort » Chassaing et Petit, 1995. 14La thématique de la mise à mort du père, qui hante l’œuvre de l’écrivain avec, en toile de fond, l’expression d’une sympathie quasi convulsive » pour le criminel serait la pierre angulaire de sa conduite masochiste, laquelle tiendrait à la conjugaison d’une disposition bisexuelle particulièrement forte » avec la réalité d’un père particulièrement dur ». 15Les attaques d’épilepsie Freud, 1928 seraient la reproduction de cette séquence de triomphe et de deuil […] devinée chez les frères de la horde primitive qui avaient tué le père » cf. le sentiment, écrit Freud, de béatitude suprême » lors de l’aura de la crise. 16 Tout châtiment est bien, dans le fond, la castration et l’accomplissement comme tel de l’ancienne attitude passive envers le père. Même le destin n’est finalement qu’une projection ultérieure du père. » Freud, 1928. 17Nous souscrivons du reste aux observations des traducteurs de ce texte Dostoïevski et le parricide dans la revue L’Unebévue suppl. au n° 4, automne-hiver 1993, prônant l’emploi du mot châtiment plutôt que punition pour traduire ici Bestrafung, en tant que la punition est plutôt connotée à la justice humaine la loi punit, sanctionne un délit. Le châtiment, lui, est plutôt d’ordre moral. Il n’implique pas forcément la faute réelle ; il répond au contraire au sentiment de culpabilité qui, lui aussi, est moral ». 18Ce qui revient à préconiser châtiment de soi-même pour Selbstbestrafung de préférence à la traduction traditionnelle autopunition. En effet, il s’agit plus d’un châtiment moral que d’une punition par la justice humaine. Se châtier soi-même n’est pas exactement identique à s’autopunir et introduit une nuance quant à la persistance d’un sentiment de culpabilité » ibid.. Ce dernier point nous semble particulièrement intéressant dans une perspective psychopathologique. 19Et le jeu était aussi pour lui une voie pour se châtier lui-même », écrit Freud, écartant d’entrée de jeu l’idée que l’appât du gain soit en cause. Dostoïevski est d’ailleurs très explicite sur ce point dans une lettre L’essentiel est le jeu lui-même », Freud renchérissant en faisant mouche avec la formule le jeu pour le jeu ». 20Passion du jeu connotée expressément ici par Freud à une dimension pathologique La publication de ses écrits posthumes et du journal intime de sa femme [6] a crûment relaté un épisode de sa vie, la période où, en Allemagne, Dostoïevski était possédé par la passion du jeu. On ne peut pas méconnaître qu’il s’agit d’un accès de passion pathologique ; on ne saurait d’aucune façon l’estimer autrement [7]. » 21Ainsi le jeu, dans ce cas de passion pathologique » ruineuse, prend valeur de conduite d’autopunition ou, mieux, en suivant au plus près le fil du texte freudien, de châtiment de soi-même corrélée au vœu de mise à mort du père ». Plus précisément, une ambivalence envers le père, ce rival, où l’agressivité meurtrière à son encontre – le désir de le supprimer, de le remplacer – le dispute à une angoissante position passive de soumission. Ainsi s’éclaire la séquence cyclique et répétitive, chez Dostoïevski, d’accès frénétique et ruineux de jeu, puis de phase de remords et d’autoflagellation, enfin de renouveau de la créativité littéraire Lorsque son sentiment de culpabilité était satisfait par le châtiment qu’il s’était infligé lui-même, alors son inhibition au travail se relâchait, alors il s’autorisait à faire quelques pas sur la voie du succès » ibid.. 22Dans leur texte très argumenté sur Freud et Dostoïevski, Jean-Louis Chassaing et Patrick Petit 1995 suggèrent que la réduction du jeu à l’argent relève essentiellement de ce qui peut être engagé par ce biais la possession – avec la rivalité, l’envie, la jalousie – le pouvoir – avec dans ce rapport ordalique à l’Autre une certaine élection – le corps, dévêtu, décharné, avec ce qu’il peut proposer comme dernière pièce à donner… C’est alors qu’interviendra l’écriture, cette “dépense au-delà de la dépense ; excessive, folle… prodigalité inutile” comme l’écrit Sollers. Freud reste sur cette question de l’autopunition avec Dostoïevski jouer à tout perdre, payer de sa personne afin de s’autoriser à libérer l’écriture et son génie. » 23Et, chez Dostoïevski – ainsi que le souligne Paul-Laurent Assoun, la tendance sadique qui aurait pu faire de lui un criminel est retournée contre sa propre personne pour trouver expression comme masochisme et sentiment de faute Assoun, 2003 – se dessine la formule sophistiquée de la jouissance spirituelle masochiste » commettre une faute, la transformer en péché générateur de remords, mais en y insérant comme un zeste de pointe de moralité » [8]. 24Masochisme moral où s’exerce, selon les développements de Paul-Laurent Assoun à partir de Freud Assoun, 2000, 2003, un rapport de domination Herrschaft par les puissances parentales », sous les espèces de la puissance obscure du destin ». Et dont la passion du jeu serait ici un truchement privilégié de son funeste accomplissement. 25Au jeu de la vie, le joueur, un maso » ? Ce que résume aussi Jean Adès 1991 Le joueur est possédé par une recherche morbide de l’échec, de l’expiation, la poursuite d’un parcours éclairé par le tragique du plaisir et de la mort ». 26Quant à la dimension addictive, au fil des lignes du texte de Freud sur Dostoïevski Freud, 1928, l’expression Spielsucht littéralement, l’addiction au jeu semble prendre le pas sur celles de Spielzwang compulsion du jeu et Spielwut fureur du jeu, expression un peu datée, mais intéressante car renvoyant à la frénésie, au craving. En outre, en considérant à partir d’une référence à la nouvelle de Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme le jeu comme un succédané de la masturbation, cette addiction originaire Ursucht, Freud le rapproche de facto des toxicomanies classiques, au sujet desquelles il avait émis cette hypothèse en 1897 Chassaing, et al.,1998. 27La référence freudienne à cette nouvelle de Stefan Zweig vise à établir le lien entre ce sentiment de culpabilité et une origine pubertaire dans le rapprochement des fantasmes œdipiens et de la masturbation. Le vice » de l’onanisme est remplacé par la passion du jeu et l’accent mis sur l’activité passionnée des mains révèle cette dérivation Jamais je n’ai vu des mains si éloquentes, où chaque muscle était comme une bouche et où la passion, s’exprimait, tangible, presque par tous les pores ». Et ne dit-on pas Avoir la main », passer la main », etc. 28Claude Landman in Bucher, Chassaing, Melman, et al., 2005 reprend la problématique posée par Freud, apparemment désuète et entendue », de la main pour le joueur, de Dostoïevski notamment, et de la masturbation en tant que Ursucht – matrice des addictions – pour les toxicomanies. La masturbation, rappelle-t-il, est dite par Lacan jouissance de l’idiot », à suivre dans son étymologie, non ouverte à l’autre, repliée sur elle-même. L’idiot. Dostoïevski, L’Idiot… 29À titre d’illustration de l’hypothèse freudienne ne pouvant ainsi se réduire à la simple observation d’un tic » de joueur, vient à l’esprit en premier lieu le propos d’un patient joueur de poker, décidément très freudien en l’occurrence. Ce joueur en délicatesse avec la justice rapportait une expression usitée dans ce milieu être amoureux de sa propre main » à propos de payer pour voir de manière excessive, alors qu’il faut savoir jeter » lors des enchères…. 30Remarquons aussi, dans une autre veine, le texte d’Alain Dufour 1994, Opiacité, qui relate l’occurrence d’une symptomatologie d’allure ludopathique » chez un toxicomane aux opiacés, posant que le jeu, les manipulations auxquelles il donne lieu pourraient bien s’avérer des succédanés de procédures de symbolisations défaillantes ». En outre, cette activité se redoublait d’une sorte d’ auto-érotisme mental », en l’espèce, une manipulation passionnée des chiffres et des combinaisons, mathématiques de loser » selon les dires du joueur de Bergler, un névrosé oral » animé par un désir inconscient de perdre31À la suite de diverses publications – dont la première, dans la revue Imago, date de 1936 – et de son ouvrage relatif à une théorisation du fonctionnement psychique La névrose de base Bergler, 1949, Bergler réalise une synthèse de ses observations cliniques relatives aux joueurs dans The psychology of gambling Bergler, 1957. Il affiche de surcroît l’ambition de préciser les soubassements de la conduite de jeu et de dresser constat des diverses variantes typologiques de joueurs. C’est ainsi qu’il élabore une liste de critères permettant de définir » le joueur pathologique, en contrepoint du joueur social » ou récréatif prise habituelle de risques, envahissement de la vie par le jeu, optimisme pathologique, incapacité de s’arrêter de jouer, escalade des enjeux, frisson » du jeu et ce, en s’appuyant sur l’expérience du traitement d’une soixantaine de joueurs. En outre, il classe parmi les joueurs les spéculateurs effrénés ou success hunters… 32À rebours des motivations conscientes, mises en avant par les patients notamment l’appât du gain, la croyance en leur propre intelligence ou leur habileté, voire l’idée que la vie, après tout, n’est qu’un jeu…, Bergler met l’accent sur le fait que les joueurs, à l’instar du joueur dostoïevskien, s’adonnent au jeu pour le jeu », à l’effet d’expérimenter le mystérieux frisson thrill, sensation ineffable réservée aux initiés ». Et il propose une explication fondée sur des motivations inconscientes s’inscrivant dans la perspective freudienne Bergler, 1949. 33Le joueur est à considérer comme un névrosé, animé par un désir inconscient de perdre désir de gagner dynamiquement sans effet » gouverné par le masochisme moral, un besoin inconscient d’autopunition. Masochisme moral que Bergler nomme masochisme psychique » [9], lequel s’articulerait autour d’une séquence en trois temps Bergler, 1949 Je me créerai le désir inconscient d’être rejeté par la mère », Je ne serai pas conscient de mon désir d’être rejeté », Je m’apitoierai sur moi-même en un plaisir masochique ». Ces masochistes psychiques » se caractérisent par une dilection particulière pour l’humiliation, la défaite, le refus ». 34La théorisation du joueur en tant que névrosé oral », animé par un désir inconscient de perdre, dispose que le jeu, expression d’une névrose de base », correspond, à l’instar de l’alcoolisme par exemple, à une régression orale », se définissant par la mise en acte d’une séquence toujours identique, tentative illusoire d’éliminer radicalement les désagréments liés au principe de réalité, au profit du seul principe de plaisir, par le truchement d’un retour à la fiction de la toute-puissance infantile. La rébellion contre la loi parentale se traduit directement, chez le joueur, par une rébellion latente contre la logique ». 35L’agression inconsciente contre les parents, représentant la loi, et la réalité est suivie d’un besoin d’autopunition, impliquant chez le joueur la nécessité psychique de la perte ; le désir conscient » le désir dans son acception courante de gagner est dynamiquement » sans effet. Le mystérieux frisson », l’ineffable du jeu, serait simplement lié au plaisir de la reviviscence de la toute-puissance infantile, mêlé à l’angoisse de l’attente de la punition. Et Bergler parle du reste de pseudo-agressivité » chez les névrosés oraux… Expression évidemment discutable en tant que telle. 36Jouer consiste alors bel et bien à travailler… contre ses intérêts, tout en proclamant de manière incantatoire Bucher, 2005 Je ne peux pas m’empêcher de… mais, demain, j’arrête… je n’irai pas, je n’irai plus. » 37Masochisme moral, mais aussi masochisme oral », selon Bergler. Que certains mordus » du jeu, puissent évoquer au passage une connotation orale le jeu me nourrit », jusqu’à la dévoration et lorsqu’il s’agit d’ être dévoré par ses rêves »… il ne reste vraiment plus rien ! est à pointer. 38Cela dit, en quoi la recherche d’un sentiment d’être refusé ou rejeté a-t-elle partie liée avec l’oralité ? Bergler décrit un nourrisson réclamant un lait autarcique », qui ne dépendrait que de lui-même. Si la mère ne répond pas dans l’instant, il y a éraflure, blessure narcissique. Pour l’enfant, la sommation, la multiplication de ces blessures entraîne l’effondrement du fantasme de toute-puissance. Vivant le rejet comme une humiliation, il va se mettre en situation de retrouver une humiliation libidinalisée. Ainsi, le masochisme est relié par Bergler à la recherche du être rejeté » ou encore du être refusé », certes une définition assez large du masochisme, où prime l’idée de la répétition de situations plus ou moins pénibles, comme si le sujet y trouvait une satisfaction. 39Mais aussi, comme le note Paul-Laurent Assoun, une véritable intuition du lien entre position masochiste et relation à l’objet » Assoun, 2003. Intuition qui affleure aussi chez les joueurs dans la demande récurrente de se faire interdire » d’accès aux salles de jeux Bucher, 2005, la voix pronominale, avec la voix moyenne réfléchie, caractérisant la grammaire du masochiste Assoun, 2003. Grammaire renvoyant à la spécificité du masochiste de se mettre dans une position particulière… se faire objet ». 40Ici également pointe la distinction entre la pulsion, avec justement ses différents temps, dont l’aspect réfléchi, se faire », et la perversion, de même, voir, se faire voir » etc. Nous n’entrerons pas dans les détails, Lacan exposant ceci dans le Séminaire Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse 1964. Selon lui, c’est le positionnement du sujet qui distingue ce temps réfléchi, dans la pulsion d’une part, dans la perversion d’autre part. 41Enfin, quoique mettant l’accent sur le masochisme moral intrinsèque aux conduites de jeu, Bergler souligne que les chances de succès d’une thérapie analytique sont grandes si l’implication du joueur est de mise et prévaut sur celle de son entourage. Qu’est ce qui est de mise d’ailleurs dans le jeu ? Nous pourrions ici revenir à Blaise Pascal, un des premiers théoriciens du jeu, sollicité par le libertin chevalier de Mérée, Pascal répondant par la règle des partis, préambule au fameux pari de Pascal La Célibataire, 2006. 42Dans la théorisation de Bergler, vient poindre l’exigence d’un dédommagement pour des blessures précoces du narcissisme en s’exemptant de la loi de la castration Freud, 1916 ; Assoun, 1999.Otto Fenichel ou le jeu, névrose impulsive »43Otto Fenichel, auteur longtemps considéré comme quasi officiel » dans les instances psychanalytiques, est tombé en désuétude, à telle enseigne que le deuxième volume de son ouvrage La théorie psychanalytique des névroses Fenichel, 1945, comprenant ses développements relatifs aux névroses impulsives » n’est même plus édité par les Puf. 44Dans ce vaste panorama publié en 1945, ce grand clinicien tente de faire le tour de l’ensemble des formes de pathologie mentale, avec explication psychanalytique ad hoc. Il y accorde une place au jeu, citant Bergler parmi les 1 646 références bibliographiques de l’ouvrage !. Fenichel reprend les propositions freudiennes relatives à Dostoïevski dans ses développements sur le jeu dans son essence, une provocation du destin » où se profile la figure-écran » du père. 45Il formule de manière très fine la dérive du plaisir à la jouissance qui happe le sujet confronté au jeu, aussi bien tentative magique d’obliger le destin à faire son devoir » que combat contre le destin » sous la pression des tensions internes, le caractère badin peut se perdre [10]; le Moi ne peut plus contrôler ce qu’il a mis en train, et est submergé par un cercle vicieux d’anxiété et de besoin violent de réassurance, angoissant par son intensité. Le passe-temps primitif est maintenant une question de vie ou de mort ». 46Le parcours de Fenichel d’Autriche en Californie Vienne en 1897 ; Los Angeles en 1946 fut bref mais intense Bucher et Michel, 2002. Auteur d’une profusion de textes, il est néanmoins resté dans l’ombre notamment en France, soupçonné d’académisme, alors même qu’il fut un des analystes de la deuxième génération parmi les plus actifs, lié au mouvement de la gauche freudienne. Selon Russell Jacoby 1983, il fut un très grand freudien… à la fois dissident et anti-autoritaire, hostile à tous les dogmatismes et ouvert à la question sociale ». 47Quoique anecdotique, le propos du brillant cinéaste hollywoodien Joseph Leo Mankiewicz mérite d’être cité lors d’une interview dans un documentaire, il a affirmé avoir souffert d’une passion du jeu dévastatrice qui l’amena alors à consulter, durant trois ans, un psychanalyste établi en Californie qui l’aida beaucoup ». Il s’agissait d’Otto Fenichel ! 48Or Fenichel avait suggéré Fenichel, 1945 que certains comportements impulsifs répétitifs se caractérisaient par une contrainte proche de celle retrouvée dans la dépendance à l’alcool et aux drogues. Pour Fenichel, les toxicomanies représentent du reste les types les plus nets d’impulsions », le mot addiction » faisant allusion pour lui à l’urgence du besoin et à l’insuffisance finale de toute tentative de le satisfaire ». 49Il range les addictions à la drogue dans le cadre des névroses impulsives », qu’il oppose aux névroses de compulsion. Il s’attache à différencier impulsions et compulsions, qui ont en commun le sentiment du patient d’être obligé d’exécuter l’action pathologique. Les impulsions sont – ou promettent d’être – plaisantes, elles ne sont pas vécues, à l’instar des compulsions, sur un mode pénible, mais comme syntones » du moi et non pas étrangères à lui. 50Il opère donc une distinction entre les névroses compulsives, où le sujet est obsédé par l’idée, comme imposée de l’extérieur, de commettre un acte, et contre laquelle il lutte, et les névroses impulsives, où l’acte est commis de façon syntone » au moi. Égo-syntonie dans la mesure où l’acte est conforme au désir conscient immédiat » du sujet, le joueur ne critiquant guère le caractère irrationnel de son acte, a contrario de l’obsédé qui est également friand de rituels, de pensée magique, de superstition Fenichel, 1945 ; Valleur et Bucher, 2006. 51Nous noterons que le terme même de toxicomanie », parfois si décrié comme entité nosographique et nosologique, dérive des célèbres folies d’impulsion », catégorie psychiatrique elle aussi très sujette classiquement à débats Chassaing, 1990. 52Pour mettre en tension ces deux auteurs – Bergler et Fenichel – nous remarquerons cette dimension d’égo-syntonie promue par Fenichel, qui semble manifestement un peu approximative Bucher, 1997b pour rendre compte du processus ludopathique. Bergler, quant à lui, montre en la matière davantage de finesse clinique en décrivant le sentiment d’étrangeté Bergler, 1957 qui saisit le joueur dans sa praxis ludique, ou même lorsqu’il laisse ses pensées dériver autour du jeu. Reprenant les termes de plusieurs de ses patients, Bergler parle de feeling of uncanniness, expression malaisée à traduire étrangeté, ce qui sort de l’ordinaire, avec la connotation que cette notion peut – précisément – s’appliquer à quelque chose de très ordinaire, de familier, et générer un malaise ; elle se rapproche du Unheimlich freudien, de l’inquiétante étrangeté, à telle enseigne que la traduction anglaise de Das Unheimliche par James Strachey [11] n’est autre que The Uncanny. 53Dans cette perspective déréalisante, il convient de souligner cet étrange désir » expérimenté par le joueur de Dostoievski lorsqu’il ressent l’imminence de la provocation du destin, de donner une chiquenaude » au destin… Mais aussi, bien sûr, le fait que le frisson thrill du jeu, cette sensation intense et frémissante éprouvée dans l’expectation fiévreuse de l’arrêt du sort, comporte aussi dans sa définition donnée par Bergler une touche d’insolite the enigmatic, mysterious thrill in gambling Bergler, 1957. 54Certes, Bergler et Fenichel s’inscrivent dans le cadre d’approches cliniques à visée pragmatique, non éloignées d’une vision médicale, leur discours produisant parfois une impression de paternalisme, voire de jugement moral, mais leur apport clinique demeure d’actualité Valleur et Bucher, 2006. Et le style de Bergler, souvent très affûté, comporte aussi une note d’humour, ainsi est épinglé au passage Bergler, 1949 un joueur par profession, avocat par lubie » ! 55En 1967, René Tostain nuance les analyses freudiennes, la problématique de la castration devenant, dans son exposé, celle du rapport du sujet à la Loi, qui n’est pas simplement écrasement par la culpabilité, et simple besoin de punition Ce qu’il veut, c’est se soumettre à la Loi. Cette Loi qui exige qu’il renonce à son avoir pour pouvoir donner. Il agit comme s’il savait qu’il n’y a de don que de ce qu’on n’a pas parce qu’on a renoncé à l’avoir. » Tostain, 1967 ; La Célibataire, 2005 56Il y a donc, dans le cas du joueur, une problématique particulière qui serait à situer dans une forme de négation et de reconnaissance de la nécessité de la castration, de l’accès à la Loi. L’origine de cette singulière attitude envers la Loi symbolique, l’ordre symbolique, légal, celui du signifiant phallique » résiderait dans quelque dysfonctionnement de la fonction paternelle, et Tostain revient à Dostoïevski, pour tenter d’éclairer ce qui, au niveau du nom du père, manque que son fils tente de combler en jouant ». Et la clé en serait non, comme pour Freud, dans le caractère inconscient du vœu de parricide, mais au contraire dans le fait qu’il n’ait pas pu le et relégitimation57Homo masochisticus, le joueur addicté se piquant des vertiges du jeu au comble de l’effervescence, de l’exaltation, dans l’attente fiévreuse du résultat du pari ? Certes, de paris perdus en paris rejoués, le joueur pathologique » est aspiré dans la spirale de l’escalade effrénée des enjeux, où la béatitude narcissique initiale du gain cède le pas à la délectation morose de la perte Bucher, 1993, 1997b. 58Mais alors, quid des faveurs du destin sollicitées… Jouer, c’est parier. Oui, mais sur quoi ? Et avec quel engagement ? », s’interroge Jean-Louis Chassaing [12]. Ainsi, poursuit-il, les joueurs, ces praticiens de l’aléatoire, jouent à qui perd gagne, modalité binaire d’une existence ». Quel intérêt ? Ainsi que le formule Roger Caillois 1967, l’aléa marque et révèle les faveurs du destin », le joueur étant selon lui l’homme de la providence ». Ce qui pourrait confiner, selon Patrick Berthier [13], à une forme de délectation suprême Être l’élu au sein des réprouvés, sans raison, sans mérite, sans rien, par pur décret de la providence… » 59Bien sûr, être l’élu du Destin, c’est aussi abolir la dette symbolique… Ce qui nous ramène à la problématique addictive comme telle. C’est ainsi que, dans cette perspective, Nestor Braunstein énonce qu’en tentant de substituer à l’Autre un objet sans désirs ni caprices », l’alcoolique, le toxicomane, conteste cette dette symbolique, dette éternelle et externe qu’il n’a pas contractée et qu’il ne veut pas payer. Car, pour lui, elle est impayable » Braunstein, 1992. 60Somme toute, l’addiction au jeu ou tenter de réduire la question de la dette –intergénérationnelle – à une simple affaire d’argent ? Mais par quel biais ? 61Le jeu, faute morale ». Le poids de la faute… Comment s’en acquitter ? En payant le prix… le prix fort, voire prohibitif. Crouler sous les dettes. Au demeurant, Schuld, en allemand, désigne à la fois la faute et la dette. Payer, étymologiquement, c’est pacifier et s’acquitter de ses dettes, payer tout simplement, c’est renouveler sans cesse un processus de pacification, le paiement d’une dette infinie à laquelle on ne peut se soustraire » Gori, 1992. 62Si ce n’est que l’influence correctrice » du paiement est mise en échec dans le processus addictif ludopathique » Bucher, 1997c, où précisément l’origine de la dette symbolique est interrogée à l’infini par le truchement d’un instrument, l’argent, qui tend à se substituer au langage, avivant la frénésie possessoire et oblitérant la symbolisation de la perte la relance est donc inévitable Bucher, 1997a. Et la fascination pour le hasard, érigé en Autre supposé savoir auquel il peut se fier, se confier », est donc fatale car il ne sera jamais le lieu de la parole » Tostain, 1967. 63Et, dans l’absorption par les signes énigmatiques » de la chance, advient la jouissance, générant la pyrolyse » du flambeur englouti dans le maelström de sa passion vertigineuse. La dimension impérative de la passion prime sur la composante interrogative du jeu défiant les lois mécaniques » du hasard et leurs calculs, le joueur somme l’Autre de se manifester et de lui signifier son droit à l’existence, dévoilant ainsi les termes d’une mathématique terrifiante de la relation à l’Autre, sous le joug de la procédure ordalique. 64Procédure dont la loi inflexible rend compte de la sollicitation répétitive de la chute toucher le fond afin de se refaire » et ainsi d’être relégitimé. Ceci dans cet espace privilégié que représente le casino, à savoir, selon un patient, … un autre espace où, d’une seconde à l’autre, tout peut changer ». 65La logique sous-tendant l’ordalie compulsive du joueur conduit Marc Valleur à modifier l’équation freudienne de la compulsion à perdre du joueur S’il ne joue certes pas pour gagner, il ne joue pas non plus pour systématiquement perdre, mais pour les instants vertigineux où tout – le gain absolu, la perte ultime – devient possible » Valleur, 1991. Lorsque le hasard devient rencontre, tuchè… 66Moyennant quoi, la passion du jeu préserve généralement l’ordalisant de formes plus violentes d’un jeu répétitif avec la mort Perdre sa chemise pour sauver sa peau ». Il n’empêche, la dépense ne se réduit pas à la finance, ni ne dispense le joueur de la souffrance, le contraignant sans cesse davantage à payer de sa personne » et à se confronter à la rudesse de la loi pénale…Un gain qui n’est pas un gain67L’argent, le pactole… certes, mais contrairement au spéculateur qui peut aussi parfois succomber à l’addiction [14], le joueur n’use ni n’abuse des mécanismes subtils du capitalisme pour s’enrichir. Il ne va même pas placer son gain, ce gain qui lui brûle les doigts, sur le compte d’une quelconque succursale bancaire, mais au contraire s’en débarrasser au plus vite, en rejouant ou en le dilapidant [15]. Pourquoi une telle hâte à s’en défaire ? 68Avec les dettes abyssales contractées, l’argent perd sa fonction d’équivalent général. Quelque chose de vertigineux dans ce tourbillon… Et le vertige, n’est-ce pas à la fois Kundera “l’ivresse de tomber” et “l’art de rester debout”… chez le joueur endetté, en payant, certes, mais d’abord avec l’argent des autres, de tous ces petits autres, éblouis par le grandiose de son combat – quasi olympique – avec le hasard » Bucher, 1997b. 69Selon un jeune turfiste élégant et désillusionné s’adonnant aux paris hippiques – une passion, être mordu » – depuis cinq ans, après avoir été initié par des amis » Gagner ?… Ce n’est pas un gain ! » Bucher, 2004. Se présentant comme une sorte de laissé-pour-compte ayant développé le sens du paradoxe au fil de ses déboires Le jeu… un plaisir qui ne rend pas heureux », il récusait au passage expérimenter quelque sensation que ce soit lors du départ de la course Non, c’est plutôt dans les cent derniers mètres que je ressens quelque chose! ». Et il mettait en relief un point crucial, à savoir qu’il n’avait pas vraiment le sentiment d’être propriétaire » de son gain… Ce qu’exemplifiait un autre patient adepte du Rapido en déclarant n’avoir, quant à lui, aucune utilité » du gain ! 70D’où la contrainte à la remise en jeu… jusqu’à perdre. Mais pourquoi est-elle si pesante ? Bien sûr, sous l’empire de la béatitude narcissique du gain confinant à l’hébétude, se fissure l’armature symbolique du sujet ; ses repères se brouillent à la table de jeu avec, à la clef, des prises de risque inconsidérées… 71Cependant, plus fondamentalement, le pactole est entaché d’un soupçon d’irréalité. Il apparaît que le joueur ne s’éprouve qu’usufruitier du gain mirifique Bucher, 2004, et non pleinement propriétaire en mesure de disposer de la chose. Ainsi, tout se passe comme s’il lui manquait, subjectivement parlant, le troisième attribut du droit de propriété sur une chose… au nom latin si évocateur, l’abusus utilisation jusqu’à épuisement. 72En d’autres termes, pouvoir enfin disposer de ce bien, fruit du hasard… jusqu’à complète consomption comme pour mieux en attester la réalité improbable… et, partant, relancer de plus belle la spirale addictive ! Un gain qui n’est qu’artifice, leurre, au mieux artéfact biaisant la partie… 73Et la sentence fameuse de Goethe in Faust Ce dont tu as hérité de tes pères, acquiers-le pour le posséder » donne la mesure, ou plutôt met en relief la démesure des embarras du joueur addicté aux prises avec cette manne céleste dont l’acquisition lui est trop problématique, subjectivement parlant, pour ne pas chercher à s’en débarrasser au plus vite ! 74Au demeurant, à l’aune de la relation au père, le processus initié par la pratique addictive des jeux de hasard et d’argent n’est pas sans évoquer cette phrase de Freud, au détour d’une lettre adressée à Romain Rolland Freud, 1936 Tout se passe comme si le principal dans le succès était d’aller plus loin que le père et comme s’il était toujours interdit que le père fût surpassé ». 75En tant que voie courte » vers la fortune Valleur, 1991 ; 2005, mais nécessairement infructueuse à mesure que la partie se prolonge, les jeux de hasard et d’argent constituent assurément un excellent dispositif en la matière. À visée destinale en quelque sorte ! 76Validation d’une forme d’ appétence morbide pour le destin » Assoun, 2000 qui ne peut s’accomplir que dans le succès douteux inhérent à la logique victimaire, à savoir obtenir in fine gain… de cause !De la maldonne initiale au joker77Par le truchement du dispositif de la cure psychanalytique, le sujet est placé en situation d’interroger les cartes qu’il a reçues du grand Autre. Quant au joueur s’adonnant aux jeux de hasard, son positionnement est évidemment différent. Ainsi, selon Charles Melman […] on pourrait aussi y voir dans le jeu de hasard la réassurance prise dans l’existence de la réponse, en tant que telle, le jeu y figurant l’artifice qui permet d’interroger et de faire répondre un système opaque et sourd, celui du signifiant qui découpe et ordonne le réel dans sa structure de chaîne » Bucher, Chassaing, Melman, et al., 2005. 78Dimension artéfactuelle qui mène aussi le joueur compulsif à sa perte dans la sollicitation répétitive d’un tel dispositif, l’industrie du jeu ne laissant, elle, rien au hasard pour optimiser ses gains lorsque la partie se prolonge… 79Au-delà de la question des joueurs pathologiques, c’est bien la question du rapport du sujet à l’Autre qui est posée par le truchement du jeu, lequel organise ce rapport en une fiction où il s’agit toujours de forcer le hasard et d’obtenir ainsi de l’Autre réponse et reconnaissance » [16]. Chance infime de décrocher la timbale, certes, mais, précisément, si je gagne, c’est que je ne suis pas un quelconque au regard de l’Autre, c’est que j’y ai une place d’élection, qu’il m’envoie soudain un joker qui modifie radicalement la donne initiale ». Là encore, se retrouve en creux la logique victimaire de ces sujets en souffrance, fondée sur un syndrome d’exceptionnalité que pointait Freud dans son texte de 1916 sur Quelques types de caractères dégagés par le travail psychanalytique Freud, 1916. Logique dont l’argumentation autour du J’ai suffisamment payé à l’Autre, à lui maintenant de me dédommager… » serait susceptible de justifier une exemption de la loi de la castration. Sur un mode dérogatoire. Et, partant, se profilerait même une forme d’inversion de la dette… 80Dans ses développements sur La cure psychanalytique est-elle un jeu ?, Charles Melman [17] s’interroge sur le caractère étrange de l’activité de jeu… non pas ludique insiste-t-il – rien de plus sérieux que le déroulement d’une partie – qui se déroule dans le champ de la réalité et cependant n’en fait pas partie… entre engagement subjectif et passion dévorante. Et il met en exergue un élément essentiel de l’attitude du joueur Récuser la donne que chacun de nous tient du grand Autre, rôle sur la scène du monde, identité sexuelle… » Au demeurant, poursuit Melman, si l’on s’en tient au social, il est connu que ceux qui jouent le plus sont des chômeurs… qui n’ont – précisément – rien à perdre ! 81De quoi faire ici encore le rapprochement avec les accidentés de la vie », où l’accession au statut de victime, du dommage subi à la demande de reconnaissance du préjudice Assoun, 1999, s’effectue par le passage du signe moins » au signe plus »… Comme pour mieux souligner le principe du jeu, l’enjeu implicite à toute compétition, à savoir qu’il y a des vainqueurs et des perdants, un qui l’a, l’autre pas… 82Ainsi, en attendant Le » médicament savamment neurobiologique qui traitera les joueurs, nous avons répertorié, à notre manière, les textes et auteurs qui ont osé dans ce domaine complexe une approche psychopathologique. Et les avancées des études principalement psychanalytiques nous amènent de la psychopathologie à la logique du jeu, dans laquelle les sujets se laissent prendre à devenir la logique du joueur. Y a-t-il encore en effet, à ce moment, un sujet ? Quel est le sujet de l’addiction » si ce n’est le même que celui de la psychanalyse ! Au mirage près d’un échappement, fût-il transitoire, aux effets du langage ! À démontrer. Notes [1] Article reproduit dans Bucher C, Chassaing J-L, Melman C, et al. Jeu, dette et répétition les rapports de la cure psychanalytique avec le jeu – Paris, Éditions de l’Association lacanienne internationale 2005. [2] Cité in Chassaing J-L, et al. Écrits psychanalytiques classiques sur les toxicomanies – Paris, Éditions de l’Association lacanienne internationale 1998. [3] Marvaud Angel Les aliments d’épargne, alcool et boissons aromatiques café, thé, maté, cacao, coca effets physiologiques, applications à l’hygiène et à la thérapeutique. Étude précédée de considérations sur l’alimentation et le régime – Paris, Éditions Baillère 1874. [4] Voir aussi l’article de Bernard Stiegler en page 27 de ce numéro. [5] À noter que Vatertötung renvoie plus précisément à la mise à mort du père et non au parricide Vatermord. [6] Dostoïevski à la roulette. Textes et documents recueillis par RF Miller & Fr Eckstein, traduit de l’allemand par H Legros, Paris, Gallimard 1926. [7] Soit en allemand “Die Zeit, da Dostoïevski in Deutschland von der Spielsucht besessen war […] Ein unverkennbar Anfall von pathologischer Leidenschaft, der auch von keiner Seite anders gewertet werden konnte. [8] Référence, à cet égard, au penchant moralisateur » de Dostoïevski, adepte du panslavisme à l’occasion de la guerre russo-turque, après avoir commis un jugement à l’emporte-pièce, et aussi, relativement à la guerre entre la France et la Prusse, lorsqu’il suggère en 1870 que la France abâtardie et trop rassise » renaîtra à un idéal nouveau après ce mal passager ». [9] Masochisme psychique » expression critiquée par Lacan dans la leçon du 10 mai 1967 du Séminaire sur la Logique du fantasme ». Cela dit, Lacan avait de la considération pour Bergler quelqu’un qui ne manque ni de talent, ni de pénétration », auteur d’un ouvrage de grand mérite La névrose de base ». [10] Souligné par les auteurs. [11] James Strachey 1887-1967, psychanalyste anglais, réalisateur de la monumentale traduction de l’œuvre de Freud ; traduction de référence en Angleterre, éditée dans les années 1950 Standard Edition. [12] Dans la note liminaire, in Bucher, Chassaing, Melman, et al. Jeu, dette et répétition les rapports de la cure psychanalytique avec le jeu – Paris, Éditions de l’Association lacanienne internationale 2005. [13] Dans l’ouvrage cité ci-dessus. [14] C’est ainsi qu’est parfois présentée la dérive de Nick Leeson, un trader britannique, entraînant dans sa chute celle de la prestigieuse banque Barings, aspirée par les pertes du compte 88888 »… Et on sait que le chiffre 8’ est un chiffre porte-bonheur en Asie ! Pour en savoir plus, voir la page Le fabuleux destin de Nick Leeson à [15] À l’exception notable de Françoise Sagan, plus chanceuse au demeurant avec le 8’ que Leeson gagnante à la roulette de 80 000 francs avec le chiffre 8 en 1958 en une nuit à Deauville et achetant dans la foulée à … 8 h du matin sa célèbre propriété près de Honfleur… [16] Norbert Bon Les jeux sont mal faits, in Bucher, Chassaing, Melman, et al., 2005. [17] Charles Melman La cure psychanalytique est-elle un jeu ?, in Bucher, Chassaing, Melman, et al., 2005.
Douglas De Graaf, Asmaa Boussaha Aux origines de l'addiction Des conséquences dramatiques Le développement des jeux d'argent sur Internet La face cachée des opérateurs de jeu Les autorités en font-elles assez ? Un “problème de santé publique” peut-on prévenir l’addiction ? 16 mai 2018 Loto, jeux de grattage, poker, roulette… Les jeux d’argent et de hasard séduisent toujours plus près d’un Français majeur sur deux reconnaît s’y être adonné une fois dans l’année. Si cette activité peut rapporter gros, elle se révèle parfois dangereuse pour le joueur. Aux origines de l'addiction “Au début, c’était juste un divertissement, sur mon temps libre. Mais après, je me suis mis à jouer trop souvent sur mon lieu de travail, à la maison, parfois même quand ma famille était là ». Florent, un quadragénaire originaire des environs de Tours, est amateur de poker en live » et s’est mis à jouer en ligne pour le plaisir. “Sur Internet, on peut faire une partie en deux-trois clics. On se sent bien, personne ne te juge, on joue contre d’autres passionnés, et il n’y a rien de plus agréable que d’être dans un bon jour en ayant de bonnes mains”. Mais, au bout de plusieurs mois, quelque chose cloche chez ce père de famille aux revenus très importants – je ne jouait pas pour l’argent » – assure-t-il. Mon humeur était très variable, je ne faisais que de ressasser les coups que je venais de jouer. Je cherchais à retourner jouer sur Winamax à des moments où je devrais profiter de ma famille . Ces symptômes sont les prémisses d’une addiction à un jeu d’argent et de hasard. Petit à petit, le plaisir de jouer s’efface pour laisser place à un besoin irrépressible. Selon Lucia Romo, professeure de psychologie clinique à l’Université de Nanterre et spécialiste du développement des addictions, les joueurs sont en partie responsables de la dégradation de leur rapport au jeu. En effet, ils créent eux-mêmes des croyances destinées à les rassurer. J’ai failli gagner, donc la prochaine sera la bonne » L’illusion de contrôle s’engendre par exemple en se laissant guider par des chiffres porte-bonheur ou “en lançant les dés très fort si on veut faire un 6”. Les superstitions communes patte de lapin, trèfle à cinq feuilles représentent la deuxième erreur à éviter. Enfin, croire que le hasard pur a une “justice” ou peut se modifier “si on fait dix fois pile, on pense que les dés vont bien finir par faire face” conduit à l’addiction “cela pousse à continuer quand on perd” car le joueur se dit que la chance va forcément tourner. Les joueurs dits “excessifs” dépendants au jeu oublient les règles mathématiques liées au jeu et souffrent de ce que l’on nomme des “cognitions erronées” il s’agit de la surestimation des gains ou de la valorisation des presque-gains “j’ai failli gagner donc la prochaine sera la bonne”. Ils ne sont plus conscients des trois règles de base du jeu d’argent les parties sont indépendantes les unes des autres, plus le nombre de combinaisons ou de joueurs est élevé, plus les chances de gagner sont faibles, et le plus important la maison finit toujours par l’emporter. L’addiction ne touche pas avec la même fréquence et la même intensité tous les types de jeux. Ceux de grattage, par exemple, ne sont pas les plus intenses en termes de facteurs de risque, selon le médecin et psychiatre Marc Valleur. “Le but, c’est de rêver. Le résultat est éloigné dans le temps de l’activité pratiquée”. En revanche, les “jeux de sensation”, comme les machines à sous, sont très addictifs car “on joue avec une fréquence élevée, ce sont de petits gains, la récompense est immédiate et on peut recommencer autant de fois que l’on veut.” Cette notion de récompense est déterminante pour comprendre le développement de l’addiction. En effet, le “circuit de la récompense dans le cerveau est directement à l’origine de l’apparition de celle-ci”, selon Lucia Romo. Des conséquences dramatiques D’après Yann Calendras, psychologue au Centre de soins d’accompagnement de prévention en addictologie Csapa en région lyonnaise, l’addiction au jeu – qui est la “seule sans substances”, remarque Lucia Romo – se distingue de la dépendance à l’alcool ou aux drogues à cause du cercle infernal qui se crée, mélangeant espoir et culpabilité. “La personne va miser une somme, puis va perdre. Mais l’espoir est toujours là , donc elle rejoue pour “se refaire”. C’est une expression que l’on entend beaucoup chez les joueurs. Mais plus la personne veut se refaire, plus elle passe de temps à jouer et plus les pertes s’accumulent”. Et les conséquences sur la santé du joueur peuvent être importantes. Dans le centre où travaille Yann Calendras, 10% des patients viennent pour une dépendance au jeu. “Très souvent, ils arrivent déjà criblés de dettes, à cause des emprunts et crédits revolving…”. Presque la totalité d’entre eux font des demandes de dossier de surendettement auprès de la Banque de France, qui permet d’établir un plan de remboursement des créances sur plusieurs années. Les conséquences de l’addiction au jeu ne sont pas que financières les joueurs excessifs peuvent se retrouver isolés, leur tempérament devient lunatique, ils se retrouvent coupés de leur sphère familiale et amicale, et tomber dans la dépression, parfois le suicide. Certains développent également une autre dépendance, à l’alcool par exemple. Cliquez sur la vidéo pour découvrir le témoignage d’Evelyne Gay-Janis, ancienne dépendante aux jeux d’argent. Le développement des jeux d'argent sur Internet Un phénomène qui s’est aggravé avec l’arrivée d’opérateurs de jeu sur Internet. Avant 2010, ces plateformes étaient illégales. Manque de régulation et de fiabilité sur le hasard, problèmes de confidentialité des données bancaires, lutte inexistante contre les phénomènes d’addiction … Le législateur français décide alors de se saisir du problème le marché des jeux dans le pays s’ouvre sur Internet de façon légale. Les objectifs de la loi sont économiques et juridiques il s’agit d’une part de promouvoir une offre légale économiquement viable et “compétitive” par rapport aux sites illégaux, d’autre part de lutter juridiquement contre ces derniers. La Française des Jeux FDJ perd son monopole et l’offre explose dans les trois secteurs concernés par la loi de 2010 les paris sportifs, le poker et les paris hippiques. Tout adepte de la bonne fortune a désormais le choix entre 4000 sites de machines à sous virtuelles, 600 sites de jeux de casinos, 260 de paris sportifs, 240 de poker… Grâce à cette multitude de plateformes, les dépenses des joueurs augmentent. Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies OFDT, le pourcentage de mises redistribué aux joueurs pèse pour 65% du chiffres d’affaires de la FDJ, 85 à 88% pour les casinos et 94% pour le jeu en ligne hors FDJ et PMU. Une addiction décuplée sur Internet L’ouverture du marché français en ligne en 2010 a ainsi permis aux joueurs de bénéficier d’une offre beaucoup plus variée, fiable et accessible directement. Problème l’apparition d’une addiction au jeu se fait plus fréquente sur Internet que dans le jeu physique. La proportion de joueurs “ayant une pratique de jeu à risque modéré” a d’ailleurs “augmenté ces quatre dernières années”, affirme l’OFDT dans une étude de 2014 sur les JAH en ligne. Selon elle, en France, 10,4% des joueurs présentent un risque modéré de développer une addiction sur le web, contre 0,9% dans le jeu “traditionnel”, et 6,6% sont classés comme joueurs “excessifs”, contre 0,4% pour le jeu physique. Pourquoi ? Une première explication tient au profil des joueurs en ligne. Si ceux-ci sont plus diplômés et appartiennent davantage à des catégories sociales supérieures, ils sont aussi plus jeunes, et donc plus facilement influençables, plus impulsifs et ayant moins conscience des risques et de la valeur de l’argent. D’autre part, toujours selon l’étude de l’OFDT, les joueurs eux-mêmes reconnaissent plusieurs tares du jeu “online”. L’opérateur de paris sportif BetClic ne propose pas de miser uniquement sur le résultat d’un match, mais aussi sur le nombre de jeux remportés par un joueur, le nombre de sets … Crédits BetClic Conscience de dépenser plus d’argent en ligne que sur l’offre traditionnelle, rapidité du jeu entraînant un risque de pratique addictive, difficulté de vérifier l’honnêteté des jeux, sites et dépôts d’argent pas assez sécurisés… “Ces données confirment que ces activités sur Internet sont plus à risque que sur l’offre de jeu traditionnelle … en raison de pratiques de jeux plus intenses en termes de fréquence et dépense”, conclut l’étude. L’accessibilité un facteur de risque De plus, seule un peu plus de la moitié des joueurs en ligne 54,4% pratique son activité sur des sites uniquement légaux, contre 19,1% sur une offre exclusivement non régulée. La loi de 2010 a certes mis en place des mécanismes pour tenter de freiner la pratique excessive du jeu sur les opérateurs agréés, à savoir “la possibilité de s’auto-exclure de certains sites, l’imposition de limites sur les montants de jeu et l’affichage d’informations sur le risque d’addiction” selon Lucia Romo. Mais cette loi ne s’applique pas sur les sites illégaux. “Il n’y a pas d’informations pour apprendre à se contrôler ou demander une aide, l’addiction sur ces sites est donc beaucoup plus répandue”, affirme la docteure. Sur le web, les supports sont devenus accessibles de façon quasi-permanente. Il est désormais possible de jouer sur un ordinateur ou un téléphone portable, chez soi, au bureau, à condition de disposer d’une connexion Internet… et d’un compte en banque prêt à se délester de plusieurs unités. Problème “l’accessibilité fait partie des facteurs de risque en soi”, souligne Lucia Romo. “On se sent à l’aise chez soi, ce qui peut inciter à dépenser plus d’argent. L’anonymat contribue également à ce phénomène personne ne nous jugera lorsque l’on renfloue son compte”. Un sentiment de toute-puissance derrière l’écran qui fait également perdre la notion de l’argent. Lorsque celui-ci est “dématérialisé”, on ne se rend pas compte des sommes dépensées et de la profondeur de son compte en banque. La face cachée des opérateurs de jeu Ces problématiques spécifiques du jeu sur Internet renforçant l’addiction, les opérateurs légaux doivent les compenser depuis la loi de 2010, leur rôle doit être aussi de protéger les joueurs. A savoir, développer des outils leur permettant de maîtriser leur pratique, de prévenir l’émergence d’addiction et de gérer plus raisonnablement leur compte en banque. Mais selon Lucia Romo, ces impératifs entrent en contradiction avec la nature même des opérateurs. “Leur objectif est avant tout économique. Leur situation est donc paradoxale on leur demande d’empêcher des joueurs de trop dépenser alors que ces montants leur permettent de gagner de l’argent”. Ainsi, serait-il dans l’intérêt économique des opérateurs de ne pas empêcher certains joueurs de sombrer dans l’addiction ou de promouvoir une pratique responsable du jeu ? L’affirmer serait trop osé pour Lucia Romo, au vu de leurs obligations fixées dans le cadre de la loi. Mais la psychologue estime néanmoins qu’il y a plus à faire. “Les indications et les mesures limites dans les sommes dépensées et possibilité de s’auto-exclure visant à promouvoir le jeu responsable et prévenir l’addiction ne sont pas assez visibles et peu connues par les joueurs”. D’autres psychologues affirment que les opérateurs développent certaines stratégies pour pousser les joueurs à dépenser. L’une d’elles donner l’illusion d’un contrôle sur le hasard. Selon Marie Gral-Bronnec, professeure en addictologie au CHU de Nantes, diverses “croyances” sont véhiculées pour donner un sentiment de confort aux joueurs et réduire leur peur de s’en remettre au hasard pur. “Les opérateurs jouent par exemple sur le mythe du vendredi 13, en mettant des sommes plus lucratives en jeu”. Un marketing incitatif Selon Florent, le quadragénaire tourangeau joueur de poker online », les opérateurs développent ainsi des stratégies particulières pour inciter les joueurs à pratiquer toujours plus de poker. “Toutes les demi-heures ou toutes les heures, les mêmes tournois reviennent. Si je perds un tournoi, pas grave il y a le même presque directement après. C’est comme une seconde chance offerte toute la journée”. La possibilité d’accéder à des tournois très prestigieux constitue une autre manoeuvre. “Leur technique, c’est d’afficher le montant du prize-pool l’ensemble des gains redistribué aux joueurs. Pour un tournoi à 5€ l’entrée, on va nous faire croire qu’on peut gagner 100 000€. Mais cette somme n’est qu’une illusion, le vainqueur ne gagne que 30 000€ par exemple, et le reste se partage les miettes. D’autant plus que, la plupart du temps, il faut en passer par plusieurs jours de tournois, terminer à chaque fois dans les meilleures places. Seuls 10% des joueurs environ recevront une partie du prize-pool”. L’interface d’accueil de l’opérateur de poker Winamax, qui promet aux joueurs de se qualifier pour les championnats du monde » de la discipline dès 6€ déboursés. Crédits Winamax Julie Giustinani, psychiatre addictologue au CHRU de Besançon, mène une étude sur le développement de l’addiction au poker en ligne, au niveau de la cognition et de l’activité cérébrale. Si elle considère qu’il “ne faut pas voir les opérateurs comme les grands méchants”, elle reconnaît néanmoins que ceux-ci développent un marketing incitatif. “Certains offrent 20€ pour commencer, ce qui entraîne les joueurs dans une spirale de rentabilité vis-à -vis de leur capital de départ. Un travail sur l’univers sonore et visuel est également fait pour que les joueurs se sentent bien, plus à l’aise pour jouer et donc dépenser”. L’illusion du contrôle En réalité, c’est surtout la partie de stratégie dans le poker qui n’est pas qu’un jeu de hasard pur qui favorise le développement d’une dépendance. “Les jeux les plus addictifs sont aussi ceux qui encouragent le sentiment de contrôle”, souligne Marc Valleur. Diverses techniques sont alors utilisées pour donner l’illusion que le jeu est maîtrisé de bout en bout. La publicité de l’opérateur PokerStars, avec pour slogan “Vous êtes déjà un grand joueur de poker”, montre par exemple un amateur sûr de lui au point de bluffer une somme importante l’accent est porté sur les capacités du joueur, présentées comme seules responsables de sa réussite, alors que la part de hasard du poker est volontairement passée sous silence. Nicolas, croisé sur un forum de poker, joue justement en ligne sur Winamax pour ce sentiment de contrôle … malgré ses critiques du logiciel. “Ce qui me plaît avec le poker, c’est que j’ai cette impression de pouvoir influencer positivement le résultat. Même si la chance n’est pas avec vous, vous pouvez vous en sortir avec des bluffs”. Mais selon le jeune homme d’une vingtaine d’années, cet opérateur, tout comme les autres logiciels, bien que certifiés par l’Autorité de régulation des jeux en ligne Arjel, sont tout simplement … truqués. “Il faut bien comprendre qu’il est dans l’intérêt de Winamax de favoriser les “mauvais” joueurs. C’est une entreprise, ils veulent attirer le plus de monde possible. Les “mauvais” joueurs ont peu de chances de gagner à armes égales face aux joueurs confirmés. S’ils perdaient tout le temps, ils s’en iraient. D’où l’intérêt de les favoriser en leur donnant plus souvent des meilleures cartes, en faisant sortir des cartes miraculeuses à la rivière la dernière carte servie sur la table au poker”. Cette partie de poker sur Winamax met aux prises dix joueurs seulement, ce qui permet d’accélérer la durée du tournoi. Crédits Winama Le poker en ligne accusé de fausser les probabilités Pour les “bons joueurs”, l’erreur abordée précédemment de croire que la chance va forcément tourner s’applique alors. “Je me disais comment expliquer que des “mauvais” joueurs gagnent et pas moi ? C’est injuste, et ça va forcément être réparé. Mais ce n’est jamais arrivé j’ai perdu plusieurs centaines d’euros sur Winamax alors que je jouais mieux que 90% des joueurs que je croisais sur mes tournois. Croyez-moi, quand vous expérimentez un nombre incalculable de “bad beats” un coup perdu sur un coup de chance extraordinaire alors que le joueur était en position très favorable de gagner ou de situations qu’on ne retrouve presque pas au poker en “live”, ça ne peut pas être le fruit du hasard.” Toujours selon Nicolas, générer des “bad beats” seraient ainsi pour les opérateurs l’un des moyens les plus sûrs pour gagner en rentabilité. “Quand on se prend un coup d’une telle malchance alors qu’on avait mieux joué le coup, c’est tellement énervant. Alors pour calmer notre frustration, on rejoue, souvent une somme plus importante pour compenser la perte. Mais comme on est énervé, on n’est plus rationnel, on joue de façon plus impulsive et on perd plus rapidement”. Il en va donc de l’intérêt des opérateurs de proposer toujours plus de jeux pour “satisfaire” le besoin des joueurs de continuer à pratiquer. Les autorités en font-elles assez ? Si ces deux joueurs affirment savoir se maîtriser au niveau des sommes engagées et de la fréquence de leur activité en ligne – même s’ils reconnaissent “que le besoin de jouer l’emporte parfois sur le reste” – d’autres n’ont pas cette “chance”. Face à la recrudescence des troubles liées à la dépendance au jeu, l’Etat décide d’agir, avec ce volet consacré à l’aide pour le traitement des addictions dans la loi de 2010. Une volonté d’action également poussée à prendre le relais des associations et centres de soins nés pour accueillir les personnes en situation de dépendance face au manque de solutions d’accompagnement. “Via l’Arjel, l’Etat régule l’activité de jeu légale sur Internet”, souligne Julie Giustinani. La loi oblige notamment les opérateurs agréés de respecter strictement le plafond de taux de retour au joueur la part des gains reversée au parieur gagnant, fixé à 85% pour lutter contre l’addiction et le blanchiment, alors que les sites non agréés peuvent proposer un taux de cinq à dix points supérieur. “Parallèlement, de nombreuses actions s’opèrent d’un point de vue sanitaire pour améliorer la prévention et le repérage précoce des activités de jeux à risque”. Cependant, pour Yann Calendras, l’Etat devrait faire plus pour endiguer le phénomène. Et l’argument est pratiquement le même que pour celui des opérateurs de jeu le gain économique. “L’addiction aux jeux d’argent ne coûte pas assez cher à l’Etat pour qu’il agisse. Contrairement à l’alcool et au tabac qui tuent en masse, le jeu d’argent ce n’est que des dépressions, et quelques suicides… Tandis que les taxes sur le jeu rapportent beaucoup”. Des retombées financières conséquentes pour l’Etat En 2012, les jeux d’argent et de hasard ont rapporté en 5,7 milliards d’euros de taxes à l’État selon l’OFDT, 4,7 milliards selon une étude publiée en 2014 par d’anciens énarques. Les jeux en ligne pèsent pour 1,4 milliard d’euros. Impôt sur les sociétés, dividendes de la FDJ dont l’État détient 72% du capital, redevance sur les sociétés de courses pour les paris hippiques, prélèvements sur les paris sportifs, autant de taxes aux retombées financières conséquentes. Yann Calendras estime ainsi que la réponse ne doit et ne peut pas venir des opérateurs eux-mêmes, mais d’une prise de conscience au niveau politique pour lever le voile sur le problème. Lucia Romo constate elle aussi une certaine inefficacité au niveau des règles imposées par l’Etat aux opérateurs, qui ne seraient pas assez efficaces. “Tout est décidé par le joueur lui-même. Il peut s’auto-exclure, s’auto-imposer des limites dans les montants de jeu, le temps passé … Mais quand il est déjà accro, il ne peut pas se raisonner et s’imposer ces mesures. L’addiction au jeu est trop forte.” Ce serait plutôt à l’opérateur de réguler la pratique d’un joueur lorsqu’il s’aperçoit qu’elle devient excessive. Une solution trop complexe pour Julie Giustinani, qui met en avant la diversité et la complexité des facettes de l’addiction. “On ne peut pas savoir si telle somme engagée par un joueur représente une partie importante de son compte en banque. Et de toutes façons, l’addictivité n’est pas forcément corrélée à l’importance des sommes engagées.” De plus, certains opérateurs sont plus sensibles que d’autres à la prévention. La FDJ, par exemple, peut “envoyer des messages informant un joueur s’il a plus joué ou dépensé que d’habitude cette semaine”, selon Julie Giustinani. La page d’accueil de la Française Des Jeux propose différents jeux de hasard. Un bandeau noir en haut de l’écran comporte un message avertissant sur les risques liés à la pratique du jeu, ainsi qu’un numéro de téléphone à appeler en cas d’aide. Crédits FDJ Mais selon, Lucia Romo, beaucoup reste à faire. “L’État doit décider de ne pas commercialiser certains jeux trop addictifs ou qui font perdre trop d’argent”. “Renforcer les mesures de contrôle et d’interdiction” est également une nécessité, car certains joueurs les contournent en allant jouer à l’étranger ou sur des sites illégaux. Un “travail sur les mineurs”, une population vulnérable, doit aussi être fait. Un “problème de santé publique” peut-on prévenir l’addiction ? Des initiatives de prévention existent en France, comme des campagnes de sensibilisation et différents numéros d’urgence mis à la disposition des joueurs. Les opérateurs comme la Française Des Jeux FDJ ou le PMU surveillent de très près les points de ventes bars-tabac afin de prévenir la vente aux mineurs, et incitent dans leurs brochures et publicités au jeu responsable ». Cependant, il reste difficile d’évaluer l’efficacité de la prévention. L’Arjel peut agir dans les casinos physiques en délivrant les agréments, mais ne contrôle pas les bars-tabac et les autres points de vente de la FDJ et du PMU. La FDJ envoie des agents incognito dans les points de vente, mais ce n’est pas le cas du PMU. Il y a toujours des gérants qui vendent à des mineurs, parce qu’ils ne les contrôlent pas , affirme le patron d’un bar-tabac de l’avenue de Saint-Ouen à Paris, qui désire rester anonyme. “On ne peut pas non plus refuser la vente à un adulte, même si on le soupçonne d’avoir un problème avec le jeu”. Agir dans la prévention C’est donc surtout en amont qu’il faut agir contre le phénomène d’addiction. Mais ce “problème de santé publique”, comme le qualifient Lucia Romo et Julie Giustinani, reste encore mal géré, car mal connu. “Il n’y a pas assez d’études et peu de campagnes d’information sur le sujet”, déplore la première. La littérature scientifique sur le sujet a, dans un premier temps, permis de considérer l’addiction au jeu au même titre que la dépendance aux produits alcool, drogues, tabac. Plusieurs méthodes de détection du comportement addictif dans le jeu ont été mises au point, mais la plus utilisée est l’Indice canadien du jeu excessif ICJE, un questionnaire dont le score indique le niveau de risque du joueur. L’opérateur de paris sportifs BetClic propose une offre attractive de 100€ remis à un nouveau joueur. Crédits BetClic L’étude conduite par Julie Giustinani doit justement permettre d’améliorer la prévention en étudiant les processus neurobiologiques à l’oeuvre dans le développement de l’addiction, en analysant l’activité cérébrale et la cognition des joueurs étudiés. Soumis au même environnement de facteurs de risque, certains développent pourtant une addiction et pas d’autres. “En déterminant comment l’addiction se développe chez certains joueurs plutôt que d’autres, on va pouvoir la repérer de façon plus précoce, et donc organiser plus tôt une orientation adaptée dans la filière de soin prévention primaire, secondaire ou prise en charge thérapeutique”. L’univers médical à la traîne Cependant, médecins, psychologues et addictologues déplorent le manque de formation concernant le jeu d’argent et ont du mal à encadrer les patients. Mathilde Dupuis, étudiante à Nanterre tout juste diplômée de psychologie, l’a constaté grâce à ses nombreux stages “On ne fait rien pour comprendre cette addiction. Il y a beaucoup de retard sur les modes de prise en charge à proposer aux patients et à leur entourage. Certains services d’addictologie sont reconnus, comme à l’hôpital de Nantes par exemple, mais ce n’est pas suffisant”. Pour Yann Calendras, il s’agit d’un manque de volonté de la part des médecins eux-mêmes. “Ce sont des patients qui dérangent. En addictologie, les patients reviennent, car ils ont besoin de soins sur le long terme. Or, les médecins n’ont pas le temps. D’ailleurs, on entend souvent dire Il n’y a pas d’urgences en addictologie ”. “Il y a toujours beaucoup d’incompréhension autour de ces problématiques”, abonde Stéphanie Branger, assistante socio-éducative au centre de soins et d’accompagnement et de prévention Csapa du CHRU de Tours. Les jugements moraux envers les personnes dépendantes restent répandus, mais “la nouveauté, c’est qu’on considère désormais le jeu pathologique comme une maladie”, selon Servane Barrault, psychologue au Csapa. Lorsque la détection est correctement réalisée, des structures comme les Csapa à base de consultations avec des psychologues ou de prise de médicaments assurent la prise en charge. Et pour preuve que les établissements sanitaires se saisissent de plus en plus du problème la plupart de ces centres ont rajouté le traitement de l’addiction au jeu à leurs missions ces dernières années.
dossier de surendettement et addiction au jeu